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Christianne Stotijn

Interview Christianne Stotijn

La Monnaie - Interview Christianne Stotijn

La mezzo-soprano Christianne Stotijn et son frère contrebassiste Rick Stotijn aiment se produire ensemble. Ils partagent la même force narrative, se comprennent parfaitement et explorent volontiers l’intimité de la scène de musique de chambre. Avec le pianiste Joseph Breinl, un de leurs fidèles accompagnateurs, ils ont formé le Trio Stotijn. Pour ce récital particulièrement novateur, ils présenteront non seulement des arrangements de lieder existants, mais aussi deux créations : le compositeur américain Ned Rorem et le compositeur néerlandais Michel van der Aa leur ont spécialement dédié de nouvelles oeuvres.

Vous proposez un programme très original, qui réunit de nombreuses oeuvres contemporaines tout en présentant une distribution peu commune. Quelle a été votre démarche ?

Mon frère Rick, Joseph et moi avons cherché à monter un programme qui intègre tous les éléments propres à surprendre, à provoquer, mais aussi à enlacer le public : tradition, romantisme, humour, spiritualité, virtuosité et surtout innovation. Cela implique que le fil conducteur du programme commence par le répertoire romantique traditionnel, avec des lieder de Mikhael Glinka et de Maurice Ravel, mais aussi de Giovanni Bottesini. Ce compositeur du XIXe siècle, beaucoup moins connu, a écrit de la musique de chambre d’un lyrisme magnifique, semblable à de l’opéra. Lui-même contrebassiste, il a été le premier à donner une voix propre à l’instrument. Cela demandait plus, et nous avons donc commandé des arrangements de lieder de Mikhail Glinka et de pièces de cabaret de William Bolcom, entre autres.

Comment êtes-vous tombés sur ce compositeur américain ?

J’ai découvert William Bolcom tout à fait par hasard au Festival Ojai en Californie, l’an dernier. Le pianiste Leif Ove Andsnes, directeur artistique de ce festival, m’a proposé d’interpréter les Cabaret Songs de Bolcom avec le pianiste Marc-André Hamelin, fin connaisseur de Bolcom. Je ne connaissais pas du tout ces lieder, et ça a été une véritable découverte. Écrits de façon originale et fantastique pour la voix, ils sont aussi très pianistiques et virtuoses. Nous avons pensé que ce serait une bonne idée de commander une transcription de quelques Cabaret Songs pour voix, piano et contrebasse. Marijn van Prooijen, contrebassiste et compositeur, et Wijnand van Klaveren, organiste et également compositeur, se sont alors attelés à cette tâche avec originalité et humour.

Deux compositeurs ont par ailleurs préféré écrire de nouveaux lieder pour vous. Comment ces lieder s’inscrivent-ils dans leur oeuvre ?

La distribution contrebasse- piano-voix est relativement peu fréquente et il existe très peu de compositions originales pour cette formation. C’est pour ça que nous avons commandé de nouvelles pièces. C’est une grande chance et une véritable gageure d’avoir pu inciter le compositeur américain âgé Ned Rorem, plutôt conventionnel et lyrique, et le polyvalent Michel van der Aa, à nous écrire une nouvelle oeuvre. Il y a quelques années, j’ai entendu Susan Graham chanter des pièces de Ned Rorem. J’ai été immédiatement touchée par son lyrisme et son style basé sur l’harmonie et la tradition ; en outre Ned a déjà beaucoup écrit pour formations de chambre et voix. Sa composition How Like a Winter sur des sonnets de William Shakespeare est très lyrique, presque méditative. J’ai déjà travaillé précédemment avec mon compatriote Michel van der Aa. Il a composé Spaces of Blank pour l’Orchestre du Concertgebouw et moi-même, une oeuvre à laquelle il a mêlé des éléments d’électronique tout en conservant un lien avec la poésie saisissante d’Emily Dickinson, d’Anne Carson et de Rozalie Hirs. Michel part toujours du texte et de la narration ; pour ce récital, il a développé de nouveaux moyens d’expression en s’appuyant sur l’oeuvre de Ned Rorem. Il a ainsi choisi pour la composition du trio des textes de Carol Ann Duffy. Sa poésie est beaucoup plus brute, parfois teintée d’une ironie amère ; mais cet aspect permet précisément une association forte avec la sonorité sombre spécifique de la contrebasse. Il est amusant de constater combien sa composition très rythmique, jazzy et influencée par la musique pop, contraste avec la pièce de Rorem.

Le contrebassiste Rick Stotijn est votre frère. Vous vous êtes déjà produits ensemble, notamment dans Das Lied von der Erde de Mahler à Londres et New York. Partagez-vous également avec lui un lien artistique ?

Ça fait des années que mon frère et moi songeons à travailler beaucoup plus souvent ensemble, notamment parce que, outre le langage musical, nous partageons aussi l’humour et la « respiration ». J’ai bien conscience qu’il est difficile d’expliquer comment l’on peut partager la « respiration » – mais après tout, nous provenons de la même matrice créatrice, et c’est un peu comme si nous étions des jumeaux musicaux, parlant une langue commune, que nous comprenons à demi-mot. Ça fait souvent rire Joseph. Mais cette franchise et cette confiance réciproques nous permettent de laisser libre cours à notre fantaisie lors des concerts, qui gardent ainsi une grande fraîcheur.

Propos recueillis par Carl Böting

article - 27.12.2013

 

Christianne Stotijn
Récital

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