Fr  |  Nl  |  En

MyMM




Newsletter

Prénom
Nom de famille
Email

Filtrer par type de média : 

Au lendemain du cinquantième anniversaire de sa mort, Francis Poulenc est à l’honneur à la Monnaie. De jeunes talents rendent un brillant hommage au compositeur français en présentant son premier opéra, Les Mamelles de Tirésias, dans une mise en scène de Ted Huffman et dans une adaptation pour deux pianos de Benjamin Britten. Quatre jeunes chanteurs de la production, Julie Mossay, Aoife Miskelly, Jean-Jacques L’Anthoën et Timothy McDevitt, nous parlent de cette oeuvre surréaliste et décalée, qui ne manquera pas de nous étonner et de nous toucher par sa folie poétique irrésistible…

Créée à Aix-en-Provence cet été dans le cadre de la première édition du Festival d’Aix en juin, cette production des Mamelles de Tirésias constituait aussi l’aboutissement d’une résidence de chant de l’Académie européenne de musique consacrée à Francis Poulenc. Que retenez-vous de cette aventure ?

Aoife Miskelly: L’esprit d’équipe était vraiment particulier. Nous avons réellement formé un groupe soudé, et comme cette oeuvre de Poulenc est un opéra d’ensemble, c’était génial de s’investir à 100% non seulement dans l’oeuvre, mais aussi dans l’atmosphère.
Julie Mossay: Je suis tellement nostalgique. C’était une aventure complète : une musique inspirante et pleine de surprises, des partenaires talentueux, d’une grande créativité et d’une énergie sans faille... C’est rare d’avoir un tel cocktail ! C’est très enrichissant et motivant !
Jean-Jacques L’Anthoën: Ce que je retiens, c’est l’entente entre les différentes personnes de la production, le goût du travail et l’envie de se surpasser malgré les doutes, la fatigue et la difficulté de l’oeuvre tant au niveau vocal que scénique.
Timothy McDevitt: C’est une expérience que je n’oublierai jamais ! Et puis, en tant qu’anglophone, c’était un grand challenge et un privilège d’interpréter le rôle du mari en France. Le texte est très difficile à chanter, mais j’ai eu la chance de pouvoir compter sur le soutien, les conseils et le professionnalisme de tout le monde.

Quels sont les aspects les plus originaux de cette oeuvre de Francis Poulenc ?

J.-J.L.: L’oeuvre dépeint une société moderne dans un contexte où la femme veut plus de droits et tente de prendre la place de l’homme. Et puisque la femme devient homme, alors l’homme devient femme. Derrière ce côté « fantasque » et illusoire du livret se cache un sujet important et essentiel : les droits de la femme et son épanouissement dans une société masculine. Poulenc met en musique une oeuvre poétique, drôle et fantasmée où des personnages comiques et imaginaires contribuent à rendre cette oeuvre drôle et « charmante », mais derrière cette légèreté se cache le besoin de « faire des enfants » et de reconstruire la société après une guerre dévastatrice.
J.M.: Cette oeuvre surréaliste traite de choses de tous les jours, mais au deuxième, voire au troisième degré ! C’est assez athlétique comme écriture, toutes les possibilités vocales sont explorées. Mais l’aspect le plus remarquable de l’oeuvre, c’est incontestablement le texte. Ce qui est aussi assez rare, c’est qu’on s’adresse parfois directement au public. Un vrai dialogue s’instaure et apporte une certaine modernité. Le spectateur devient témoin de l’action.

Parlons de votre rôle… Pouvez-vous nous décrire votre personnage en quelques mots ?

J.M.:Moi je suis Thérèse qui décide de se débarrasser de ses « mamelles » et de devenir un homme. Elle veut ouvrir la porte à un avenir sans limites et surtout ne plus être obligée de faire des enfants. Elle est à la fois pleine d’énergie, un peu hystérique, intelligente, créative, surprenante et amoureuse. Je prends ce personnage très à coeur.
A.M.: C’est une femme puissante qui croit qu’elle peut modifier son rôle au sein de la société en s’habillant comme un homme et en faisant tout ce qui lui plaît. Elle berne son propre mari en lui faisant croire qu’elle est vraiment devenue un homme après lui avoir dit qu’elle le quittait, malade de son comportement machiste envers elle.
J.-J.L.: Le mari est un personnage haut en couleur, dépassé par les événements, dépassé par sa femme... Il tire très vite profit de cette situation en faisant de l’argent avec ses enfants : rusé, sentimental et toujours la tête sur les épaules !
T.McD.: J’ai l’impression que le mari représente un certain type de féminisme. Il questionne le thème de la capacité d’un individu — qu’il soit féminin ou masculin — à assumer une vie privée et une carrière. Cette idée devait être très farfelue à l’époque de Poulenc ! Les idées avantgardistes présentes dans cette oeuvre ne cessent de m’étonner. Le mari se retrouve devant des défis à relever, il choisit d’entendre les contestations et parvient ainsi à redresser la situation.

Cette production met en valeur les jeunes talents : des chanteurs au metteur en scène Ted Huffman, en passant par l’équipe artistique…

T.McD.: C’est une expérience particulière et une occasion incroyable pour de jeunes artistes ! On rêve tous de vivre une telle aventure artistique, dans un lieu aussi idyllique qu’Aix et avec une reprise dans un grand théâtre comme la Monnaie. Très souvent, en début de carrière, on interprète un rôle une fois, avant de le reprendre des années plus tard, voire jamais. Là, nous avons l’occasion de travailler en profondeur nos personnages et de les retrouver plusieurs fois au cours d’une longue période.
J.-J.L.: Et puis la jeunesse du plateau donne une couleur assez vive à l’oeuvre de Poulenc. C’est aussi grâce à cette jeunesse que les liens ont pu être si forts durant les répétitions. Je crois qu’au final, cette entente et cette complicité entres les artistes se ressentent sur le plateau.

Que pensez-vous de ces académies qui promeuvent les jeunes artistes ? Est-ce un vrai coup de pouce pour débuter sa carrière ?

J.-J.L.: C’est vrai, les places sont chères quand il s’agit de débuter une carrière... Ça fait du bien de rencontrer des personnes qui font confiance aux jeunes artistes, car pour pouvoir faire ses preuves, il faut en avoir l’occasion.
A.M.: C’est aussi important que les directeurs de casting et les conseillers artistiques aient l’occasion de mesurer les capacités des jeunes chanteurs. En ce sens, les académies sont indispensables.
T.McD.: Les académies proposent vraiment des expériences uniques. Je pense que tous mes collègues seront d’accord avec moi pour dire que le travail dans ces académies ressemble à de véritables répétitions professionnelles.
J.M.: Le passage du conservatoire à la carrière est difficile, les occasions de goûter à la vraie vie de chanteur sont trop rares. C’est vraiment dans ce genre de productions d’académie qu’on grandit. On est poussé à donner le meilleur de soi et puis le public nous attend. On a aussi l’occasion d’interpréter des premiers rôles, c’est le plus important. Aujourd’hui c’est très difficile de gravir les échelons et de grandir.

Comment envisagez-vous cette reprise de la production à la Monnaie ?

J.M.: J’ai hâte ! J’aime beaucoup ce théâtre. J’ai déjà eu l’occasion d’y chanter et je suis toujours impressionnée par cette volonté, partagée par tout le monde, de travailler à ce que le spectacle soit un vrai succès. Et puis à Aix, des liens forts se sont noués et je crois qu’on est tous impatients de se retrouver.
T.McD.: Oh oui, vivement janvier ! En même temps, nous devrons retravailler cette mise en scène exigeante, mais dans une énergie tellement positive !
J.-J.L.: L’oeuvre aura eu le temps de mûrir en nous durant ces derniers mois. Bien évidemment, il restera toujours le stress d’avant représentation, surtout lorsque l’on doit défendre un premier rôle dans un théâtre aussi important que celui de la Monnaie !
A.M.: Pour Ted Huffman et Zack Winokur (le chorégraphe), ce sera la troisième fois, après Aldeburgh et Aix, qu’ils travailleront sur cette production. Je suis curieuse de voir ce que nous pourrons encore apporter à cet opéra délirant et merveilleux !

Propos recueillis par Marie Goffette

article - 20.12.2013

 

Les Mamelles de Tirésias
Opéra

 Imprimer

La Monnaie ¦ De Munt