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Journée du Patrimoine 2014

Entretien Duncan Speakman

La Monnaie - Entretien Duncan Speakman

En reliant entre eux des espaces très différents à l’intérieur même de la ville, le collectif d’artistes circumstance propose une oeuvre qui élargit l’expérience théâtrale, qui se transporte dans les rues et s’empare des lieux publics. Duncan Speakman, actuellement en résidence à Bruxelles, participe à ce collectif. Un projet en cours, qu’il développe pour la Monnaie, sera présenté en septembre dans le cadre des Journées du Patrimoine. Une invitation au voyage où la poétique des technologies peut transformer la manière dont nous éprouvons l’opéra : une occasion que circumstance compte mettre à profit pour reconsidérer notre appréhension de la musique, de la cité et de ses habitants.

Un collectif d’artistes tel que le vôtre peut-il modifier la conception traditionnelle de l’opéra ?

Notre collectif rassemble un compositeur, des musiciens ainsi que des écrivains. Presque toutes nos créations partent d’une base musicale sur laquelle le texte et l’interprétation viennent s’inscrire. Ainsi et à maints égards, notre performance, même si elle ne répond pas à l’esthétique particulière de l’opéra traditionnel, en partage néanmoins la nature. Le fait que nous réalisions notre travail à l’extérieur des bâtiments, dans des contextes incontrôlés, offre l’occasion d’observer ce qui advient des formes de l’opéra quand elles sont plus étroitement mêlées à la vie quotidienne.

Que peut attendre le public de cette première collaboration avec la Monnaie ?

Un petit rien d’une sensibilité particulière donnera au public un aperçu furtif de nos idées et de notre démarche. Nous aimerions bénéficier de soutien afin de réaliser vraiment une production complète à la Monnaie, qui se fonderait sur une structure narrative et utiliserait des performances en direct.

La ville deviendra-t-elle la scène de ce projet d’opéra que nous allons élaborer ensemble ?

Nous prévoyons une performance où les artistes parcourront la ville tandis qu’en un lieu distinct, nous suivrons leurs trajets et entendrons leurs voix transmises sans fil. En cet endroit et en direct, les musiciens s’attacheront à créer une bande sonore pour une sorte de film improvisé : précisément, le film qui sera en tournage à ce moment-là, dans la ville dont chacun est familier. Le bruit de la ville constitue ainsi, non pas uniquement le théâtre, mais le véritable contenu de la prestation artistique : il se situe entre fiction et réalité.

Pourrions-nous dire que, à l’instar des peintres utilisant la peinture et des réalisateurs tirant parti du film, circumstance « se sert » du public comme d’un matériau brut pour donner forme à ses projets ?

Je ne voudrais pas comparer le public à un matériau brut ! Nous tentons souvent de laisser les participants interpréter un rôle l’un pour l’autre, puis peu à peu nous nous effaçons. Par cette méthode, le public assume la responsabilité de la création. Parfois même, les structures de notre récit se retrouvent tributaires des interactions entre les personnes.

Le public participe donc activement à votre travail…

L’idée politique sous-jacente à une large part de notre production se trouve plus corrélée à la technologie mobile. Alors que les appareils mobiles sont omniprésents, qu’ils s’avèrent performants et nous relient à des personnes et des lieux éloignés, ils nous distancient souvent de notre proche environnement social et physique. Nous essayons de réévaluer cette technologie, de l’utiliser de telle manière que notre public communique avec son entourage et son environnement immédiats.

Avec l’importance toujours croissante du monde virtuel et numérique, comment, selon vous, l’opéra va-t-il évoluer ?

Je pense qu’avant de devenir pertinent sur ce terrain, l’opéra doit d’abord se rendre accessible au public de l’ère numérique. Je crois aussi que le premier changement nécessaire est d’ordre financier et non pas esthétique. La circulation des données sur la toile rend le public centré sur le digital parfaitement au fait des subsides importants dont bénéficie l’opéra, et pourtant, le prix du ticket ouvrant le droit d’assister au spectacle avoisine celui du téléphone intelligent qui tient dans presque toutes les poches. Cela conduit souvent le public contemporain à associer mentalement l’opéra (comme institution et comme spectacle) à un modèle de création, de production et de représentation artistiques démodé.

Vous travaillez aussi à l’intersection du livre physique et numérique. Voudriez-vous nous parler un peu de ces projets ?

Bien sûr, nous aimons les qualités d’un livre palpable. Mais il existe aussi de multiples façons intéressantes de travailler avec l’édition numérique : nous les exploitons. Nous essayons de nourrir des intrigues singulières qui se déploient simultanément dans l’édition physique et numérique de sorte que, si vous en retiriez un élément, le récit ne serait pas complet.

Vous développez la plupart de vos programmes en logiciels libres. Malheureusement, le monde de la musique apparaît dominé par le credo du copyright. Que pensez-vous de la politique du droit d’auteur ?

Je crois que tout a été réglé depuis longtemps déjà par la politique du copyright. En témoignent les continuelles batailles livrées sur le plan légal entre les programmeurs de logiciels et les constructeurs de matériel informatique sur une plus grande échelle. Il paraît peu probable que la technologie puisse s’épanouir librement, mais, comme pour la musique, il y aura toujours des scènes pour la technologie alternative ou d’avant-garde : sans doute ne seront-elles pas riches, mais leur ambition se situe probablement ailleurs.

Propos recueillis par José Luis Villalobos

article - 16.8.2014

 

Journée du Patrimoine 2014

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