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Passion

Entretien Franck Ollu

La Monnaie - Entretien Franck Ollu

Chef d’orchestre résolument engagé dans la création contemporaine, Franck Ollu accompagne depuis de nombreuses années des compositeurs dont il se fait à la fois l’interprète, le passeur et l’avocat. Il entretient avec l’oeuvre de Pascal Dusapin une relation privilégiée qui l’a amené à créer et à diriger plusieurs de ses compositions dont Passion, il y a quatre ans. Cette affinité avec le monde musical du compositeur français lui permet d’en définir les ressorts et les spécificités. Il en livre quelquesuns dans cet entretien.

Quand j’ai dirigé la création de Passion à Aix-en-Provence en 2008, c’était la première fois que j’abordais une oeuvre de Pascal Dusapin en tant que chef d’orchestre. La musique contemporaine et l’opéra forment les deux axes principaux de mon champ d’action. D’un côté, je dirige régulièrement l’Ensemble Modern et des orchestres symphoniques ; de l’autre, je participe à la création d’opéras, comme par exemple celle d’Into the Little Hill de George Benjamin en 2006, d’abord à Paris puis à Aix. Avant 2008, j’avais déjà interprété certaines pièces de Pascal Dusapin, et ce que je connaissais de sa musique m’avait impressionné. Après la création de Passion, j’ai également dirigé les productions ultérieures de la pièce. De fil en aiguille, sentant une grande affinité avec les oeuvres de Pascal Dusapin, j’ai commencé à diriger de plus en plus sa musique ; cette année encore, j’ai dirigé une nouvelle production de Medea à l’Opéra de Varsovie ainsi que ses différents Solos pour orchestre et son Concerto pour piano à Londres. Depuis 2008, nous avons été beaucoup en contact, et il a pris l’habitude de me montrer les nouvelles pièces qu’il écrit. Nous avons un dialogue permanent sur la musique…

… ce qui fait de vous un interprète privilégié de sa musique ?
En quelque sorte oui, même si je ne suis pas le seul, bien entendu ! Il est vrai que quand on me demande de proposer un programme musical, j’essaie d’y inclure une oeuvre de Pascal Dusapin. Il a un langage très puissant, et dans son catalogue figurent pratiquement tous les genres : de grandes pièces symphoniques, de la musique pour ensemble, des oeuvres concertantes, comme le Concerto pour violon qu’il est justement en train de terminer.

D’où vient le succès que connaissent ses oeuvres ?
Tout d’abord, Pascal Dusapin est un compositeur inspiré, il y a beaucoup d’émotion dans sa musique, il y a quelque chose qui parle à l’auditeur. La musique contemporaine vit avec nous parce qu’elle est de notre époque. Celle de Pascal Dusapin est un peu « hors du temps », un peu comme la musique de Ligeti. Dans son approche de la vitesse, dans son utilisation de l’ornementation et aussi dans la manière qu’il a de faire vivre les sons, on devine une inspiration « baroque ». On y trouve aussi d’autres références ou sources d’inspiration. Je pense notamment à la musique de Giacinto Scelsi et de Gérard Grisey, surtout en ce qui concerne la forme et l’horizontalité. Pour ce qui est de la verticalité, de l’harmonie, ses références sont plutôt Xenakis et Messiaen. Par la forme et l’architecture, par la présence d’une « ligne », la musique de Dusapin a la force de nous transporter quelque part. Passion en est l’un des meilleurs exemples. La partition commence de façon très simple, avec une ligne « à la Monteverdi », un fil conducteur qui connaît des « fluctuations » (non pas des variations) mais qui privilégie également, et à tout moment, une grande continuité. On a l’impression que la musique ne s’arrête jamais. Elle vit encore dans le silence et se prolonge dans l’oeuvre suivante du compositeur. Stockhausen disait qu’un compositeur n’écrivait finalement qu’une seule oeuvre dans sa vie ; Pascal Dusapin est un bel exemple de cette pensée. Ce qui explique peut-être aussi son succès.

Comment avez-vous travaillé avec Pascal Dusapin sur Passion ?
Quand on fait une pièce pour la première fois, il y a toujours des « corrections » à faire, des choix qui s’imposent au niveau des tempi, des respirations pour les chanteurs… Pascal Dusapin est un compositeur à l’écoute de ses interprètes ; il sait très bien ce qu’il veut, mais il leur fait confiance. Il sait que nous servons un intérêt commun. Sa musique me parle. Et je pense que cela vaut aussi pour Georg Nigl et Barbara Hannigan : chacun de nous ressent une grande affinité avec sa musique.

Qu’est-ce qui vous a amené vers la musique contemporaine ?
Tout d’abord la curiosité. Quand on apprend la musique, on étudie d’abord toutes les époques. Cela permet de découvrir ses propres affinités et préférences. Très souvent, j’ai ressenti qu’il y avait une plus grande ouverture d’esprit dans le domaine de la musique contemporaine. Après mes études, je suis entré comme corniste à l’Ensemble Modern à Francfort. Plus tard, je me suis orienté vers la direction, toujours dans le domaine de la musique contemporaine. Ce parcours me plaît, mais je pense qu’en tant que musicien, il faut être capable de tout faire. Je n’aime pas ceux qui s’enferment dans un « spécialisme ». Personnellement, j’ai envie de faire d’autres choses aussi, d’explorer le répertoire français des XIXe et XXe siècles, ce qui est déjà le cas d’ailleurs. Mais je ne vous cache pas que c’est un privilège de travailler avec des compositeurs vivants…

Propos recueillis par Marie Mergeay

article - 20.8.2012

 

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