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Ses débuts sur scène en Urbain dans notre production des Huguenots en juin 2011 ont médusé le public et la critique, et ont aussitôt été couronnés par le magazine Opernwelt. Pour son premier récital à la Monnaie, la soprano russe Julia Lezhneva s’associe à l’ensemble Il Giardino Armonico et met sa voix au service d’un genre caractérisé par son brio vocal et sa théâtralité sacrée : le motet du XVIIIe siècle.

Vous chanterez Saeviat tellus de Haendel et Exultate, Jubilate de Mozart. Avez-vous choisi ce répertoire vous-même, pour votre premier concert à la Monnaie ?

Ce sont deux motets extraits de mon premier enregistrement pour le label Decca Classics. En fait, nous allons en ajouter un troisième au programme du concert : In furore justissimae irae d’Antonio Vivaldi.

Haendel, Mozart et Vivaldi. Avez-vous une affection particulière pour ces compositeurs ? Lequel vous touche le plus ?

Je suis profondément amoureuse de la musique de chacun de ces compositeurs. Ils ont écrit de véritables chefs-d’oeuvre. On sent qu’ils aimaient vraiment ce qu’ils faisaient et que les émotions étaient très profondes.

Est-ce le style que vous préférez ?

Je le préfère parce que ma voix le préfère !

Parlez-nous de ces oeuvres. Commençons par le motet de Haendel.

Tout d’abord, c’est un réel morceau de bravoure ! Ce motet est comme un concerto pour voix : les mouvements offrent une grande variété de styles et d’humeurs, ils dépeignent différents tableaux. L’histoire est celle d’une tempête dont des religieuses ont peur. Elles la comparent à Lucifer qui sème le trouble. Je suis une spectatrice, qui observe et dit : « Ne vous inquiétez pas, je vais m’occuper de tout. Tout ira bien, je vais vous sauver ! » Ensuite, musicalement parlant, les instruments à vent ont un rôle très important ; la voix pourrait d’ailleurs être considérée comme un instrument. Dans le premier mouvement et dans l’Alleluia final en particulier, elle imite le hautbois et rivalise avec lui.

Et qui gagne ?

L’amitié gagne !

Venons-en au motet de Mozart…

C’est un morceau que j’ai commencé à étudier quand j’étais très jeune, à l’âge de douze ans. C’est très émouvant pour moi de chanter ce morceau. À chaque fois, j’essaie de réfléchir, de trouver quelque chose de nouveau, parce que je le connais bien et qu’il est très connu. Il est amusant à chanter parce qu’il est en quelque sorte très « opératique », c’est comme un triomphe de la voix.

Qu’en est-il du Vivaldi ?

On entre dans un tout autre univers, dans la mesure où In furore est un morceau très dramatique. Le premier mouvement a quelque chose de spécial : j’ai vraiment dû réfléchir et m’habituer à son atmosphère. Bien que l’écriture en soit assez simple, il recèle une incroyable tension intérieure. En outre, l’orchestre joue vraiment staccato, et c’est comme s’il vous pinçait. Je trouve cela très stimulant, d’autant plus que j’aime beaucoup Il Giardino Armonico. Parfois, j’ai très peur parce qu’ils jouent si bien et avec tellement de profondeur qu’il m’est difficile d’entamer la ligne du chant. Je dois commencer par « In furore, justissimae irae » et vraiment bondir, prendre les choses en main. Je ne suis pas ce genre de personne, je ne suis pas comme cela dans la vraie vie !

Mais vous avez beaucoup d’énergie !

Oui, mais il ne s’agit pas de la même énergie. On a ici affaire à une sorte d’énergie démoniaque. Ce premier mouvement me fait réellement peur. Mais si le premier mouvement n’est pas vraiment « moi », le second l’est ! Au contraire du mouvement précédent, il requiert une émotion incroyablement statique. Comme ce moment effrayant quand, après la tempête, tout se fige… On est pétrifié ! Tout peut arriver, on ne sait pas à quoi s’attendre. Les phrases musicales sont infinies ; je trouve ce passage unique.

La dernière fois que vous étiez ici, c’était pour Les Huguenots. Préférez-vous les concerts ou les opéras mis en scène ?

Je pense que, d’une certaine manière, les concerts sont plus faciles. Mais il me faudrait une plus grande expérience sur la scène de l’opéra pour pouvoir m’exprimer à ce sujet. Urbain dans Les Huguenots fut ma première et, jusqu’à présent, seule expérience dans un opéra mis en scène.

Quand vous dites que les concerts sont plus faciles, voulez-vous dire que c’est plus facile au niveau vocal ou au niveau du stress et des émotions ?

C’est une chose que j’ai commencé à faire quand j’étais très jeune et à laquelle je suis habituée. On ne doit pas tellement jouer en concert. Le jeu scénique est différent, minime : seuls les yeux et le visage sont impliqués. On se concentre entièrement sur la musique et sur les couleurs dans la voix, alors qu’à l’opéra, on doit aussi penser à l’action. À mon sens, il est plus facile d’être intéressant dans un opéra, même si l’on ne fait pas grand-chose. En concert, il faut en faire plus.

Vous avez travaillé avec Maestro Antonini par le passé. Comment se passe votre collaboration ?

Il est très aisé de travailler avec lui. Nous sommes des amis et des partenaires musicaux. Il n’y a rien sur quoi nous ne soyons d’accord. Lorsque nous avons préparé le programme, nous avons étudié et discuté en détail des atmosphères et de la manière de créer des sonorités différentes pour chaque motet. Ce sont ces moments-là que je chéris le plus. Le résultat compte pour beaucoup aussi, mais plus encore le processus. Dans la vie d’un musicien, il est très important de trouver des amis musiciens, de se comprendre les uns les autres et de ne pas avoir à expliquer quoi que ce soit. On joue et on chante, on improvise et on fait de la musique ensemble. C’est là notre langage.

Il Giardino Armonico est un ensemble baroque. Adaptez- vous votre chant quand vous chantez avec ce genre d’orchestre plutôt qu’avec une formation plus classique ?

Lorsqu’on fait de la musique avec différentes personnes, en tant que membre d’une équipe, on s’adapte sans le savoir. C’est comme cela que je vis ces expériences. Il est très important, lorsqu’on est dans un groupe, de ne rien forcer. On en fait partie. Surtout avec cette musique, qui est si instrumentale.

Vous semblez très attachée aux gens autour de vous…

Je chéris le fait que si l’on naît avec un talent, il ne faut pas le garder pour soi. C’est quelque chose que l’on doit offrir. Bien sûr, il ne faut pas exagérer, pour ne pas le perdre, parce que c’est un cadeau et on ne le récupérera pas si on le perd. C’est pour les autres. Sinon, pourquoi devrait-on travailler autant pendant tant d’années ? Pour soi-même ? Ce ne serait pas juste ! Nous devons donner. Avec l’espoir que les gens trouvent ce qu’ils recherchent et repartent ensuite l’âme en paix.

Avez-vous, vous aussi, l’âme en paix lorsque vous chantez ?

Je dois avouer que je suis une personne très nerveuse sur scène. Et en particulier lors de la préparation. Quelques jours avant le concert, je deviens très agitée. Lorsqu’on sent qu’un concert s’est bien passé, on essaie de faire encore mieux la fois suivante. Je trouve cela très exigeant, et en même temps très excitant. C’est le meilleur aspect de la profession, je pense. On ne s’arrête jamais….

Propos recueillis par Charlotte Panouclias

article - 3.4.2013

 

Julia Lezhneva & Il Giardino Armonico
Récital

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La Monnaie ¦ De Munt