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B. de Launoit / Th. Van Rompay

La Monnaie - B. de Launoit / Th. Van Rompay

Bruxelles est la capitale européenne de la danse contemporaine. P.A.R.T.S., l’école créée par Anne Teresa de Keersmaeker, a largement participé à cette situation unique en attirant de jeunes danseurs et chorégraphes du monde entier. Partenaire depuis sa création, la Monnaie a créé une manifestation biennale qui permet aux jeunes artistes de présenter des créations dans des conditions professionnelles, avec l’apport de musiciens de l’Orchestre symphonique de la Monnaie. Pour cette seconde édition, danceXmusic ouvre plus encore ses portes aux talents d’aujourd’hui et de demain en invitant également les chanteurs de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth pour interpréter des oeuvres courtes de Schubert, Brahms, Dvořák, Martinů, Stravinski, Chostakovitch, Poulenc... Une fascinante rencontre entre des univers musicaux contrastés propices à la création contemporaine. Les directeurs de P.A.R.T.S. et de la CMRE évoquent pour MMM les spécificités de deux écoles exemplaires.

Comment est née l’institution que vous dirigez et quel rayonnement a-t-elle aujourd’hui au niveau international ?

Bernard de Launoit: La Chapelle Musicale Reine Elisabeth a été fondée en 1939, deux ans après le Concours Eugène Isaye (qui deviendra en 1951 le Concours Reine Elisabeth) et ce à l’initiative d’Eugène Isaye et de la Reine Elisabeth elle-même. En 2004, après 65 ans d’existence, la Chapelle Musicale a ouvert une nouvelle page de son histoire en rénovant en profondeur le contenu de son programme, basé depuis sur deux fondements principaux : le coaching avec de grands maîtres et leurs invités et l’insertion professionnelle avec notamment pendant la saison 2010-2011, près de 150 concerts et productions en Belgique et à l’étranger, grâce à de nombreux partenariats culturels avec des orchestres, des diffuseurs et des festivals. Cette saison 2011-2012, 50 jeunes solistes sont en résidence et proviennent de 20 nationalités différentes. Parmi eux, 16 Belges… La Chapelle Musicale est associée bien sûr à son illustre grande soeur, le Concours Reine Elisabeth et est connue de plus en plus à travers le monde par la promotion faite par les maîtres, les jeunes musiciens et les nombreux partenaires à travers le monde.

Theo Van Rompay: P.A.R.T.S. (Performing Arts Research and Training Studios) est né dans le giron de la Monnaie. Cette école de danse succède en quelque sorte à Mudra (1970-1988), une institution fondée et dirigée par Maurice Béjart à l’époque où le Ballet du XXe siècle était en résidence à la Monnaie. Quelques années après le départ de Béjart à Lausanne, plus précisément en 1992, Anne Teresa De Keersmaeker est devenue « artiste en résidence à la Monnaie » à l’invitation de son directeur de l’époque, Bernard Foccroulle. Elle-même ancienne élève de Mudra, De Keersmaeker considérait comme important, dans le cadre de sa résidence à la Monnaie, de fonder une nouvelle école internationale de danse contemporaine. Et c’est ainsi qu’elle a ouvert P.A.R.T.S. en 1995 avec Bernard Foccroulle. Pina Bausch fut l’invitée d’honneur lors de l’inauguration de l’école. Professeur de rythme et figure emblématique de Mudra pendant dix-huit ans, Fernand Schirren a enseigné le rythme également à P.A.R.T.S., jetant ainsi un pont avec le passé. P.A.R.T.S. est une école où se mêlent de nombreuses nationalités. Originaires de 20 à 25 pays différents, provenant de tous les continents, une soixantaine d’élèves s’y forment chaque année, dont une dizaine de Belges. Le corps enseignant est constitué quasi exclusivement de professeurs étrangers, surtout américains. En Europe, l’école P.A.R.T.S. fait office de figure de proue dans le domaine de l’enseignement de la danse.

Quel est son financement ?

BdL: Le financement de la Chapelle Musicale, 2 millions d’euros en 2011, provient à 80% du secteur privé (fondations, entreprises, mécènes privés) et 20% des autorités publiques. La Chapelle doit donc sans cesse convaincre ses partenaires de ses objectifs, de sa dynamique et de ses projets d’avenir. Ce mode de financement lui donne à la fois une grande indépendance dans son fonctionnement et représente un défi permanent.

TVR: Pendant les premières années de son existence, P.A.R.T.S. a été financé par la Monnaie, Rosas et la Commission communautaire flamande. Depuis 1998, P.A.R.T.S. reçoit une subvention du ministère de l’Enseignement de la Communauté flamande, qui a fait l’objet en 2002 d’un contrat de gestion pour une période de cinq ans renouvelable. À la fin de la période 2007-2011, la subvention annuelle du ministère de l’Enseignement s’élève à 1 054 000 euros. S’y ajoutent les frais d’enregistrement et d’inscription des élèves. La contribution annuelle de la Monnaie s’est poursuivie à travers des coproductions (à raison de 100 000 euros par an) jusqu’en 2010.

Quel serait le portrait-type de l’étudiant qui suit la formation que vous proposez ?

BdL: Les jeunes en résidence à la Chapelle ont de 8 à 30 ans mais une caractéristique les rapproche tous : leur talent et le potentiel de développement de ce talent à travers leur séjour à la Chapelle. La plupart d’entre eux sont arrivés à un stade de leur formation de musicien où ils sont déjà des jeunes professionnels qui viennent parfaire leur éducation musicale et en même temps profiter de l’insertion professionnelle que la Chapelle propose dans son cursus, avec le partenariat de la Monnaie en ce qui concerne les chanteurs.

TVR: Il n’y a pas d’étudiant type. P.A.R.T.S. sélectionne ses élèves lors d’auditions organisées partout en Europe. Parmi les quelque 1 000 participants aux auditions, seuls 35 à 40 sont retenus. La plupart d’entre eux ont déjà une solide formation en danse à leur actif. Nous choisissons des danseurs qui ont de l’intuition, de la présence et dont les gestes sont purs et clairs. Nous privilégions de fortes personnalités, des jeunes qui peuvent exprimer leurs idées et qui ont du répondant tant au niveau social qu’intellectuel. Que ce soit sur le plan physique ou mental, ils doivent être ouverts à la recherche, à la prise de risque et à l’expérimentation. Nos étudiants ont entre 18 et 26 ans.

Comment s’organise le cursus de vos étudiants ?

BdL: Il est basé sur un programme « sur mesure » adapté à chaque jeune en fonction de son âge, de son niveau et de ses objectifs. Peu d’institutions de formation musicale peuvent se permettre de s’adapter aux demandes de chaque jeune. Par ailleurs, ce cursus est basé sur un principe : le compagnonnage, à savoir que les jeunes et les éminents professeurs qui les accompagnent dans leur développement, partagent aussi des émotions musicales ensemble sur la scène. Ce partage crée de belles histoires et permet à certains de ces jeunes de rentrer réellement dans la vie musicale…

TVR: P.A.R.T.S. propose une formation de quatre ans, subdivisée en deux cycles de deux ans, le premier étant intitulé Training, le second Research. Au cycle Training, l’élève suit un parcours imposé. Chaque jour, il bénéficie de cours de yoga, de ballet et de techniques de la danse contemporaine. En plus de cela, il participe à des ateliers de trois à cinq semaines en improvisation, composition, théâtre et répertoire (avec surtout des oeuvres d’Anne Teresa De Keersmaeker au programme, mais aussi de William Forsythe). Des cours hebdomadaires d’analyse musicale, de rythme et de chant (cours collectifs et individuels) font également partie du cursus, ainsi que des séminaires théoriques intensifs consacrés à l’histoire de l’art et à la formation générale (philosophie, sociologie). Les duos de danceXmusic figurent au programme de composition de la deuxième année. Au cycle Research, l’élève continue sa formation technique tout en suivant un parcours à la carte. Il peut se former auprès de chorégraphes invités, pratiquer un autre répertoire (souvent des chorégraphies de Trisha Brown, parfois de Pina Bausch), approfondir ses compétences en improvisation et en composition, se consacrer à ses propres créations. Les élèves mettent sur pied leurs projets de recherche personnels, avec l’accompagnement individualisé de mentors et de coaches. Leur formation se termine par une grande tournée internationale dans des festivals et théâtres professionnels. Les projets danceXmusic s’inscrivent dans le cadre du travail avec les chorégraphes invités (E. Guilloteau et Cl. Croizé) ou des séquences consacrées au travail personnel.

Quels sont les exemples de réussite professionnelle de vos anciens étudiants dont vous êtes particulièrement fiers ?

BdL: Depuis 2004, de nombreux jeunes passés à une période de leur formation par la Chapelle Musicale ont eu la chance de développer un début de carrière très prometteur : les violonistes Yossif Ivanoff, Lorenzo Gatto ou encore Nikita Borizo-Glebski, les chanteurs Hendrickje Van Kerkhove ou plus récemment Sébastien Parotte, la pianiste Plamena Mangova ou encore le Trio Dali font partie de ceux qui nous donnent du courage à poursuivre cette aventure…

TVR: Au terme de leurs études à P.A.R.T.S., la grande majorité de nos élèves semblent être en mesure d’exercer le métier de danseur, c’est là notre plus grande réussite. Aux quatre coins de la scène européenne, on trouve aujourd’hui des jeunes qui ont été formés à P.A.R.T.S.. Ils dansent dans les compagnies (belges) de Anne Teresa De Keersmaeker, Michèle Anne De Mey, Jan Fabre, Nicole Mossoux, Michèle Noiret, Alain Platel, Thierry Smits, Meg Stuart, Wim Vandekeybus et bien d’autres. Ils sont aussi bien représentés à l’étranger, dans les compagnies de Pina Bausch, Trisha Brown, Boris Charmatz, Lynda Gaudreau, Emio Greco, Deborah Hay, Gilles Jobin, Akram Kahn, Iztok Kovac, Xavier Le Roy, Maguy Marin, Mathilde Monnier, Angelin Preljocaj, Loïc Touzé ou Sasha Waltz. Dans le mouvement belge et international de la nouvelle danse, on retrouve également nombre de diplômés de P.A.R.T.S., et souvent ils contribuent à donner le ton en la matière. Citons ici Pieter Ampe, Heine Avdal, Fabian Barba, Eleanor Bauer, Larbi Cherkaoui, Claire Croizé, Etienne Guilloteau, Tarek Halaby, Saskia Hölbling, Mette Ingvartsen, George Khumalo (+), Les SlovaKs, Daniel Linehan, Erna Omarsdottir, Gregory Maqoma, Thomas Plischke, Arco Renz, Salva Sanchis, Charlotte Vanden Eynde, Benjamin Vandewalle ou encore Andros Zins-Browne.

Pour quelles raisons le projet danceXmusic 2 est-il important pour votre institution de formation ?

BdL: Déjà à l’époque de Bernard Foccroulle à la Monnaie, nous avions imaginé et espéré un jour de monter un projet regroupant de jeunes chanteurs de la Chapelle et des chorégraphes et jeunes danseurs de P.A.R.T.S.. Peter de Caluwe et son équipe actuelle ont rendu possible cette rencontre et je remercie Theo Van Rompuy d’avoir été enthousiaste à cette idée. Je suis convaincu qu’autant les chanteurs que les chorégraphes et danseurs, les musiciens et enfin le public trouveront dans ce projet une formidable dynamique et expérience. Le travail est intéressant, le résultat sur la scène devrait être émouvant…. Je me réjouis de découvrir ce travail sur la scène de la Monnaie le 18 janvier prochain…

TVR: Ce projet présente un intérêt évident à plusieurs égards. Nos élèves peuvent enrichir leur formation chorégraphique d’une dimension importante grâce à la possibilité qui leur est offerte de travailler avec de la musique live. Que ce soit pendant la phase de répétition ou lors des spectacles, la confrontation directe avec les musiciens leur offre des opportunités rares et des expériences uniques. Elle laisse littéralement plus de temps et d’espace au dialogue. Cette année se distingue tout particulièrement dans la mesure où les danseurs travaillent avec des chanteurs de la Chapelle Reine Elisabeth. C’est en se confrontant les uns aux autres que les jeunes artistes issus de différentes disciplines peuvent approfondir leur compréhension d’un autre art que le leur. Le fait qu’ils puissent présenter le fruit de leur travail à la Monnaie, souvent devant un public qui ne se rend pas spontanément dans les studios d’une école, permet en outre à ces artistes en formation de nouer le dialogue avec leurs spectateurs. Il y a un monde de différence entre l’intimité du studio habituel et l’espace public. Notons encore qu’il est exceptionnel pour eux de pouvoir danser dans une salle à l’installation technique parfaite comme la salle Malibran. Enfin, et c’est important, plusieurs élèves du cycle Training présenteront pour la première fois leur propre composition hors des murs de l’école. Animés par un goût pour l’expérimentation – caractéristique de P.A.R.T.S. –, nous avons en outre décidé de confier les créations des élèves du cycle Research à deux jeunes chorégraphes bruxellois, Claire Croizé et Etienne Guilloteau (eux-mêmes anciens élèves de P.A.R.T.S.) ainsi qu’à un élève de dernière année, Nestor Garcia Diaz.

Propos receuillis by Christian Longchamp

article - 21.11.2011

 

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