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La Monnaie - Solidarité et deuil national

Solidarité et deuil national

Il y a cinq mois, alors que Bruxelles était plongé dans l’« état d’urgence », nous avons présenté une reprise de Medúlla, un projet créé à la Monnaie début 2015, juste après l’attentat contre Charlie Hebdo. Aujourd’hui, nous sommes à nouveau violemment confrontés à la thématique centrale de cette œuvre. Medúlla s’inspire en effet de l’album éponyme dans lequel la chanteuse islandaise Björk avait cherché à donner une réponse artistique aux attaques du 11 septembre 2001. Une réponse au fanatisme et au terrorisme, donc.

Une situation similaire d’intolérance, de radicalisme croissant et surtout de peur est hélas devenue une composante insidieuse de notre cadre de vie. Peur de ce que nous ne connaissons pas, de ce que nous ne voyons pas, de ce que nous ne pouvons pas comprendre, de ce que nous ne contrôlons pas. Peur de devoir vivre avec la menace d’une forme aveugle de terreur qui met à mal tout ce qui nous est cher : notre sécurité, notre liberté, notre intimité, nos contacts sociaux, nos divertissements, notre humour et même notre vie.

La peur, et la façon de s’armer contre elle, telle est la thématique de la saison 2016-17 que nous venons de présenter.

Le 22 mars a été une journée particulièrement noire pour notre pays. Ce qui aurait dû être le début d’un nouveau printemps s’est transformé en un enfer de souffrance humaine indicible. Nous voulons témoigner notre compassion à tous ceux qui ont perdu des êtres chers ou des amis lors des lâches attentats de ce jour. Nous voulons également exprimer notre participation au deuil national déclaré par le Gouvernement fédéral.

Il appartient également au secteur culturel de fournir un antidote à ces actes barbares. Les auteurs de ces lâches attentats ont pour seul objectif la négation totale de notre culture, de notre histoire, de notre savoir, de notre tolérance, de notre ouverture – c’est-à-dire de la base morale de notre patrimoine européen commun.

Nous nous devons de contrer avec force cet obscurantisme mental. Les institutions culturelles peuvent et doivent en prendre l’initiative pour trois raisons concrètes.

Tout d’abord, elles sont un repère d’inspiration et de créativité, deux éléments qui constituent un remède naturel à l’intolérance. L’éducation et la culture nous permettent de mieux appréhender la société dans laquelle nous vivons, et, en puisant dans nos talents individuels, de la rendre plus forte, plus unie et plus dans l’empathie. Le travail fourni à la Monnaie est en définitive un engagement contre la barbarie de ceux qui veulent mettre en pièces nos acquis culturels communs, et ainsi notre société dans son ensemble. L’essence même de notre mission culturelle est plus que jamais d’actualité : au lieu de fermer nos salles, ouvrons-les pour nous acquitter de cette mission, pour permettre aux hommes de se rencontrer, de raconter et de partager leurs histoires.

Par ailleurs, outre l’ambition d’une cohésion sociale, l’objectif ultime des institutions culturelles est d’offrir une « nourriture de l’âme ». Nous devons plus que jamais être convaincus de leur rôle de porteur de valeur ajoutée. Les hommes en ont plus que jamais besoin. Tandis que les extrémistes les dressent les uns contre les autres, la culture les réunit, et le partage d’histoires communes leur offre un message positif, parce que basé sur l’expérience, qu’ils peuvent ensuite transmettre.

Enfin, les expériences que nous acquerrons au quotidien à la Monnaie dans notre pratique professionnelle nous confortent dans la conviction qu’il existe une alternative. À la Monnaie, ce sont plus de 38 nationalités, cultures et langues différentes qui œuvrent ensemble pour porter à la scène chacune de nos productions. Nous sommes donc par définition multiculturels et nous travaillons ensemble, indépendamment des origines, du sexe, des convictions religieuses ou philosophiques, des préférences sexuelles et du statut social. En nous serrant les coudes précisément dans ces moments, nous pouvons contribuer à déchirer les ténèbres et l’incertitude qui nous entourent.

Et cela dès demain, s’il ne tenait qu’à nous, mais nous voulons rester réalistes. Cela signifie donner à chacun le temps de surmonter les événements, mais aussi offrir l’espoir d’un avenir meilleur où il n’y aura pas de place pour la barbarie et l’intolérance.

Nous allons donc poursuivre notre mission et vous accueillir à nos représentations. Parce que nous continuons à croire en des messages constructifs et à résister à ceux qui veulent les ébranler.

Peter de Caluwe, directeur général

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