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Songs not Bombs

Entretien An Pierlé & Marie Daulne

La Monnaie - Entretien An Pierlé & Marie Daulne

À l’occasion de notre projet Songs not Bombs, Marie Daulne de Zap Mama et An Pierlé, encadreront les gagnants du concours lors d’une master class qui se clôturera en apothéose par un gala sur la scène de la Monnaie le 13 octobre prochain. Entretien avec ces deux grandes dames de la pop et de la musique du monde.

Écrire de la musique pop ou un opéra, c’est mettre des mots sur de la musique... Quels liens voyez-vous entre l’opéra et les autres types de musique ?

An Pierlé: Il y a beaucoup de liens puisque l’opéra veut exprimer des émotions, raconter une histoire, mais la « courbe de tension » et les conventions musicales ne sont pas les mêmes. Mais j’aime penser que certains « hits » lyriques étaient à l’époque les « hits » de maintenant. Par contre, j’aimerais beaucoup avoir le même budget que pour un opéra pour mes propres projets, pour pouvoir travailler avec de vrais orchestres, des décors et costumes, et avoir le luxe de faire des chansons qui forment un tout sans penser si la longueur et la structure sont assez « radiophoniques ». Mais maintenant que j’en parle, je pense que je suis déjà à mi-chemin entre la musique pop et l’opéra !
Marie Daulne: Pour ma part, il me semble que l’opéra appartient à une élite. L’opéra est un reflet qui appartient à une époque lointaine, c’est le mariage de plusieurs disciplines artistiques traditionnelles de l’Europe. Les compositeurs de l’époque étaient en harmonie parfaite et à l’écoute pure du lien des émotions humaine et de la nature, ce qui donne une justesse émotive intemporelle.

Vous écrivez, interprétez et jouez votre musique. Comment envisagez-vous l’acte de création ?

M.D.: En étant à l’écoute, en étant attentive au message attendu qui doit être entendu dans sa justesse musicale et émotive. Guider les créateurs dans le contexte du sujet définit au départ. De manière plus pratique, le processus serait de se mettre en total confiance et d’enlever toutes barrières.
A.P.: L’acte de création même est devenu moins romantique depuis la naissance de ma fille puisqu’il me faut travailler de façon très structurée, mais ce n’est pas pour autant moins mystérieux. C’est une combinaison de se « brancher dans le cloud de l’inspiration » et d’un vrai métier. J’adore écrire, je suis toujours curieuse de voir ce que je vais faire. Et apparemment je peux provoquer des émotions très fortes chez les gens. Certaines personnes ont parfois l’impression que j’ai vraiment écrite sur eux, et ça, c’est très important pour moi. Parfois ça n’a rien à voir avec ce que la chanson veut dire pour moi personnellement, mais j’aime l’idée de cette sublimation. Et le fait de pouvoir jouer devant un public, de partager cette énergie, c’est le plus grand cadeau...

En écho à notre production Shell Shock qui commémorera la Première Guerre mondiale, si je vous dis « Liberté », « Paix », « Guerre »... qu’est-ce que cela vous inspire ?

M.D.: Je dis : « Faisons en sorte d’avoir l’Esprit en paix, ce qui empêcherait de rentrer en guerre et enfin vivre en toute liberté ! »
A.P.: C’est quelque chose de très interpelant à notre époque où il se passe tellement de choses effrayantes, et où on est en train de perdre petit à petit des libertés si durement acquises. Sur mon dernier album Strange Days, j’ai écrit deux chansons spécifiquement sur la guerre, ce qui était très difficile puisque je n’en ai jamais vécue. Ça peut paraître arrogant ou impertinent d’écrire sur des choses tellement dures que d’autres vivent vraiment. J’essaie toujours de me documenter par des choses que j’ai lues ou vues et qui ont provoqué des émotions que j’ai vraiment vécues. Par exemple, ma chanson « Suburban Skies » est le fruit de nombreuses lectures que j’ai faites sur Dresde, mais aussi d’interviews de pilotes de bombardier qui devaient obéir à des ordres et qui avaient en même temps peur de ne jamais rentrer pour épouser leur copine, tout comme les gens qui craignaient de ne jamais sortir de leur cave pour retrouver leurs proches. Ma chanson « Secret Thoughts » décrit les images d’un soldat de la Première Guerre hospitalisé après une attaque de gaz. Je ne sais pas pourquoi, je décris des images et sentiments qui me viennent, c’est comme si je vivais un film, c’est très bizarre.

Qu’attendez-vous de ce projet Songs not Bombs de la Monnaie ?

A.P.: J’ai hâte d’écouter les chansons, de découvrir de jeunes talents. Peut-être qu’après plusieurs années, certaines personnes oseront présenter leur chanson pour la première fois… J’aime et je suis très curieuse à l’idée d’un échange humain aussi. Et puis clôturer cette aventure par un gala dans la superbe salle de la Monnaie est un régal ! M.D.: Vivre une nouvelle expérience, un nouveau challenge à partager à plusieurs !

Comment imaginez-vous les candidats qui se présenteront pour cette aventure particulière ? Qui recherchez-vous...

M.D.: C’est un peu tôt pour moi, pour répondre à cette question, je dois être plus dans le processus du travail… Je n’ai encore rien imaginé : qui vivra verra !
A.P.: Pour moi les propositions peuvent aller de la musique pop à l’électro, en passant par la musique contemporaine et le hip hop. Du moment qu’il y a une vraie urgence dans ce qu’on fait, tous les styles et âges ont de la valeur. J’espère trouver des perles rares et partager des moments forts et rigolos à la fois...

Propos recueillis par Marie Goffette

article - 14.8.2014

 

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