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Roméo et Juliette (in concert)

Interview Evelino Pidò

La Monnaie - Interview Evelino Pidò

Le chef italien Evelino Pidò, qui a déjà dirigé l’Orchestre symphonique de la Monnaie dans une version concertante d’Otello de Rossini la saison dernière, est de retour dans Roméo et Juliette de Charles Gounod. L’ardente tragédie de Shakespeare sur les conflits qui surgissent lorsque l’amour et le désir bousculent l’ordre établi, a inspiré au compositeur une oeuvre d’une inventivité et d’une expressivité musicales extraordinaires, ce qui fait de cet ouvrage le sommet de sa carrière à l’opéra.

Après Otello de Rossini, nous vous retrouvons à la tête de l’Orchestre symphonique et des choeurs de la Monnaie pour Roméo et Juliette de Gounod. Pourquoi avoir choisi de diriger cette oeuvre ?

D’abord parce que je suis Italien et que je ne dois pas nécessairement diriger des oeuvres italiennes ! Bien sûr, je dirige surtout le répertoire italien que je ne limite d’ailleurs pas au répertoire bel canto. Par exemple, avant de venir à Bruxelles, je dirigerai Simon Boccanegra avec Placido Domingo au Staatsoper de Vienne. Je dirige Verdi, Puccini, Cherubini, Spontini, mais aussi des compositeurs français et Mozart un peu partout, comme récemment à l’Opéra Bastille avec Le Nozze di Figaro. J’ai par exemple dirigé la Manon de Massenet à l’Opéra de Paris l’année dernière pour l’anniversaire du centième anniversaire de la mort du compositeur. C’était un véritable honneur pour moi qui suis Italien. J’ai aussi dirigé une autre oeuvre de Gounod, Faust, à Covent Garden, avec une distribution extraordinaire qui réunissait Vittorio Grigolo, René Pape, Angela Gheorghiu et Dmitri Hvrorostovsky. Et puis, je n’avais jamais dirigé Roméo et Juliette et j’avais très envie de le faire. Le projet proposé par Peter de Caluwe était très tentant et la distribution me semblait d’un excellent niveau. Alors allons-y !

Cette oeuvre de Gounod sera donnée en concert au Palais des Beaux-Arts. Quel intérêt trouvez-vous à diriger un opéra en version concertante ?

Une oeuvre comme Roméo et Juliette se prête bien à une version concertante. Cet opéra traite de la plus célèbre histoire d’amour tragique, en montrant les deux mondes des familles rivales et leur lutte sociale et politique, opposés à ces deux jeunes gens qui s’aiment à la folie, mais issus de familles tellement rivales que leur destin se termine de façon tragique. Selon moi, cette histoire peut être d’autant plus belle en version de concert. Gounod a pris vingt ans pour compléter cette partition après la création de 1867. Il a apporté de nombreuses retouches pour les reprises successives à Londres, à l’Opéra Comique ou à l’Opéra de Paris. C’était un défi assez compliqué, pour lui et ses librettistes, de partir de la pièce de Shakespeare pour en faire un opéra.

En effet, beaucoup de compositeurs se sont intéressés à Roméo et Juliette : Berlioz, Bellini, Tchaïkovski, Prokofiev… En quoi la proposition de Gounod est-elle originale ?

Je pense que Gounod a su maintenir un arc dramaturgique très tendu, sans gâcher la vision théâtrale de Shakespeare. Il a aussi fait une chose qui était unique à l’époque : il a placé quatre duos d’amour dans une même oeuvre. Il a en effet privilégié de façon presque exclusive la passion amoureuse des protagonistes. Gounod était lui-même touché par ces sentiments. Et de ce fait, la rivalité entre les familles se retrouve presque à l’arrière-plan. C’est à partir de ces éléments qu’il va développer les situations. Il y a donc ces quatre duos d’amour, et en même temps, il y a cette espèce de crescendo dramatique qui est toujours présent et qui captive le public. Verdi a aussi remarquablement bien traité le matériel de Shakespeare avec Macbeth ou Otello. Selon moi, Gounod a tout à fait respecté la structure et la pensée de Shakespeare à travers ses librettistes. Et je pense qu’il a créé, autour du livret, une pulsion, une attention dramaturgique et musicale avec de très belles mélodies.

Quelles sont les particularités de cette oeuvre qui mêlent à la fois le tragique et une certaine légèreté liée à la jeunesse et à l’amour qui s’éveille ?

Gounod a beaucoup réfléchi à cette oeuvre et je pense qu’il a peut-être donné le meilleur de lui-même. Le sentiment amoureux est par exemple toujours présent, et il y a énormément de bijoux de grande écriture musicale ! Mais il y a aussi la dimension tragique où la rivalité est cruelle. C’est un aspect important que Gounod traite très bien musicalement en lui donnant de superbes pages. Le choeur est également fondamental dans cette oeuvre qui se structure en miroir : d’un côté, la grande passion amoureuse des deux protagonistes, de l’autre côté, le conflit politique et social, violent, qui fait débat.

Est-ce que pour vous cette oeuvre s’inscrit clairement dans le romantisme du XIXe siècle ?

Ah oui ! Il ne faut pas oublier qu’elle a été conçue comme un opéra lyrique avant d’être retouchée, notamment pour l’Opéra de Paris avec par exemple un ballet qui la rendaitconforme à la norme parisienne de l’époque. Selon moi, Roméo et Juliette est une oeuvre qui répond pleinement aux conventions du romantisme musical.

Dans l’histoire de la Monnaie, le public bruxellois n’a pas souvent eu l’occasion d’entendre cette oeuvre de Gounod. Comment expliquez-vous qu’elle ait été si rarement jouée ?

Imaginez-vous qu’en Italie, qui est quand même la patrie de l’opéra et du mélodrame musical, Roméo et Juliette n’est presque jamais représenté. La raison n’est pas liée à la distribution musicale des grands rôles, puisque les rôles très exigeants et délicats ne sont confiés qu’aux deux protagonistes principaux, Roméo et Juliette. C’est différent dans Faust, opéra pour lequel il faut trouver quatre protagonistes absolument incroyables, ce qui le rapproche des opéras du vérisme italien ou d’Il Trovatore et Il Ballo in maschera de Verdi pour lesquels il faut toujours trouver quatre ou cinq voix très importantes. Mais dans le cas de Roméo et Juliette c’est vraiment bizarre. Peutêtre que Gounod n’est pas considéré à sa juste valeur comme un grand compositeur d’opéra. Il était surtout connu comme un très bon organiste et compositeur de musique religieuse. C’est vraiment dommage, parce que, sur le plan dramaturgique et musical, par exemple du point de vue de l’inventivité et de l’écriture des mélodies, Roméo et Juliette est un vrai chefd’oeuvre. Ce sera donc une excellente occasion pour le public bruxellois de venir la découvrir ! D’autant plus que nous jouerons la partition dans sa version complète, avec la présence de rôles secondaires presque toujours oubliés, comme Manuela, Pepita et Angelo. Nous supprimerons juste le ballet que Gounod avait ajouté comme final du troisième acte pour la représentation parisienne de l’oeuvre en 1888.

Propos recueillis par Marie Goffette

article - 1.3.2013

 

Roméo et Juliette (in concert)
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