Fr  |  Nl  |  En

MyMM




Newsletter

Prénom
Nom de famille
Email

Waltraud Meier

Filtrer par type de média : 

Waltraud Meier

Interview Waltraud Meier

La Monnaie - Interview Waltraud Meier

Elle est l’une des chanteuses les plus fascinantes de la scène lyrique, de celles pour lesquelles des spectateurs voyagent dans toute l’Europe pour la voir et l’entendre. Actrice exigeante, elle est attentive aux nuances, à la langue, au sens. Waltraud Meier est présente à la Monnaie pour une soirée exceptionnelle où elle propose des lieder de Franz Schubert, Robert Schumann et Gustav Mahler, une soirée qu’elle a intitulée « Frauenliebe und –leben » qui va nous convaincre à nouveau qu’elle n’est pas uniquement la wagnérienne légendaire avec laquelle tous les metteurs en scène rêvent de travailler, mais une interprète bouleversante dans l’atmosphère intime et rare d’un récital.

Vous êtes sans doute, depuis plusieurs années, l’une des chanteuses-actrices les plus recherchées par les metteurs en scène. Lorsque vous décidez de vous produire dans un récital de lieder, vous n’avez plus à répondre à la demande d’un metteur en scène, vous n’interprétez plus un rôle… Donc, qui êtes-vous lorsque vous chantez un récital ?

Je suis le personnage dont je suis en train de parler dans le lied que j’interprète. Il se développe en moi des images, des films, une histoire, des correspondances, etc. La source de l’expression est exactement la même qu’à l’opéra.

Lorsque vous préparez un récital, il y a sans doute un travail plus intime à réaliser à partir de cette matière littéraire et musicale, et vous inventez vousmême votre propre parcours, votre propre paysage intérieur…

Oui. Ce serait évidemment merveilleux d’avoir également quelqu’un comme Patrice Chéreau pour me guider dans l’interprétation des lieder. Mais de toute façon j’apporte toujours mes propres propositions, mes idées dans les mises en scène dans lesquelles je prends part ; ou du moins mon langage corporel qui, si je l’utilise en pleine conscience, devient souvent un élément indispensable au metteur en scène.

Ce qui veut donc dire que lorsque vous arrivez sur le plateau, sur la scène pour un récital de lieder, vous avez dans votre tête votre propre mise en scène.

Exactement.

Est-ce que la proximité avec le public est très différente, dans une soirée de lieder et dans une soirée d’opéra ?

Oui. D’ailleurs, j’aime bien qu’il y ait un peu de lumière, pas seulement pour que les gens puissent lire le texte en même temps, mais aussi parce que je veux voir leurs visages. J’aime en effet m’adresser aux gens, qu’il y ait un vrai dialogue. Ce dialogue que, dans l’opéra, j’ai avec un partenaire chanteur, dans le lied je l’ai avec les spectateurs. Ici, même un monologue est un dialogue.

Est-ce que l’exercice du récital a une influence sur votre manière d’aborder l’opéra ?

Oui, absolument. Et pas seulement au niveau de la technique vocale. L’attaque du son dans le lied est beaucoup plus fine, plus précise, plus propre. Le fait d’apporter cela dans l’opéra est évidemment très bénéfique. Mais il y a aussi la concentration sur ce que je suis en train de dire, il faut que ce soit sincère. C’est toujours important. Il faut que je chante comme si j’étais en train de parler à quelqu’un.

Le texte est très important pour vous, à l’opéra comme dans les récitals. Quelles sont les personnes, dans votre parcours artistique, qui vous ont le plus appris à comprendre les nuances du texte, à travailler justement la force poétique des textes ?

Je crois que j’ai toujours été comme ça. En fait, je voulais étudier les langues. J’ai toujours eu beaucoup d’affinités avec le langage ; je m’intéresse à la signification de chaque mot, je me demande pourquoi quelqu’un écrit une phrase avec une certaine syntaxe et pas autrement. Cela doit avoir une signification bien précise. Je m’y suis toujours intéressée. Et c’est une approche qui a été renforcée par certains metteurs en scène, Patrice Chéreau, tout particulièrement. On peut dire aussi qu’ils m’y ont encouragée.

« Chanter signifie être », pourriez-vous développer cette idée ?

En chantant, j’exprime tout ce qui est en moi-même. Je peux dissimuler des choses si je veux, mais si je veux vraiment me montrer, je peux me montrer encore mieux en chantant, de façon plus exhaustive, plus complète que si je me borne à parler. Parce que dans le chant, toutes les nuances se font entendre.

Et est-ce que vous avez le sentiment qu’avec l’expérience, vous êtes en mesure d’avoir une qualité de nuances que vous aviez moins il y a quelques années, et qui vous donne la possibilité d’être encore plus dans la vérité ?

Oui, je crois bien. Mais je pense que c’est simplement quand on vit la vie en pleine conscience, et que, là aussi, on ne cesse jamais d’interroger le fond des choses, qu’on se met en relation avec la réalité, avec ce qu’on est soi-même. Quand on se demande : est-ce vraiment la vérité, est-ce que je pense vraiment ça, suis-je authentique, sincère ? Je crois que si l’on se pose toujours ce genre de questions, on évolue dans ce sens en tant qu’être humain.

Propos recueillis par Christian Longchamp

article - 7.12.2012

 

Waltraud Meier
Récital

 Imprimer

La Monnaie ¦ De Munt
black-out
culturel