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Princesse Turandot

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Princesse Turandot

Entretien Judith Vindevogel

La Monnaie - Entretien Judith Vindevogel

Ce spectacle original pour petits et grands, qui nous parle d’une princesse très spéciale, est une création commune de WALPURGIS et HETPALEIS . Princesse Turandot est un conte à la fois captivant et terrible, où les côtés obscurs de l’homme ont aussi leur place. Des extraits musicaux allant de Mozart à Puccini et de Lully à Ravel viennent enrichir la narration et agissent comme révélateurs d’émotions. Les enfants, assis sur des coussins au milieu des artistes, peuvent suivre de près les cabrioles de la princesse. Un entretien avec la metteur en scène Judith Vindevogel.

Dans Princesse Turandot, une narratrice, deux chanteurs et un homme-orchestre invitent le public à plonger dans une ancienne histoire d’amour perse ; on est à la fois dans le conte et dans une réalité terrible. Dans quelle mesure votre production Princesse Turandot suit-elle l’histoire que nous connaissons grâce à l’opéra Turandot de Puccini ?

Nous n’avons rien changé à l’essence de l’histoire proprement dite. Par contre, l’intrigue a été simplifiée, car nous voulions que ce spectacle s’adresse avant tout aux jeunes enfants. Comme les moyens sont beaucoup plus limités au théâtre qu’à l’opéra, il fallait réduire la distribution au minimum. J’ai donc inventé deux figures qui me permettaient de supprimer un tas d’autres personnages du récit initial. La vieille Reza est une sorte de Shéhérazade, la narratrice originelle de la littérature orientale, mais elle présente aussi quelques aspects de Liù. Après maintes pérégrinations et une vie agitée, elle a fini par devenir dame d’honneur dans le royaume de Turandot. C’est une vieille femme pleine de sagesse qui jette un pont entre la princesse et le peuple (le public). L’homme-orchestre incarne le musicien de cour, le pendant comique mais un peu méchant de la vieille Reza. Il fait vaguement penser aux trois ministres impériaux Ping, Pang et Pong.

La musique de Puccini n’est pas la seule à accompagner ce spectacle, on entend aussi Lully, Mozart, Wagner, Ravel, Bizet, Léhar… Comment se fait-il que des compositeurs aussi différents se retrouvent dans cette histoire de Turandot ?

Du Turandot de Puccini, seules quelques citations et un fragment du « Nessun dorma » m’ont semblé utilisables pour ce projet. J’ai donc commencé à chercher dans le répertoire classique, sans me limiter aux opéras d’une certaine période stylistique. La musique et le texte doivent raconter la même histoire et pouvoir s’entremêler dès le tout début. C’est la dramaturgie qui a déterminé le choix des répliques chantées, et je me suis surtout laissé guider par la force évocatrice de la musique. Afin de rendre le texte parlé aussi musical que possible, j’ai tout mis en rimes ; et avec les acteurs, nous avons surtout travaillé le rythme et le phrasé. Mais l’orchestration de Rudi Genbrugge ainsi que les instruments modernes et éclectiques qu’il utilise contribuent également à assurer la cohérence et l’unité entre les différents éléments.

Princesse Turandot est un conte lyrique pour tous, à partir de 6 ans. Comment avez-vous procédé pour que les différents groupes d’âge puissent trouver leur propre chemin à travers le spectacle ?

Quand Barbara Wijckmans, la directrice de HETPALEIS, m’a proposé de créer un opéra pour petits enfants, j’ai immédiatement su que je ne voulais pas faire de spectacle complaisant, sage et doucereux. Il fallait que ça devienne un conte terrifiant. Turandot est une histoire captivante qui ne laisse personne indifférent. En même temps, il y a pas mal d’humour. Pendant que les enfants rient des facéties de l’homme-orchestre, les adultes s’amusent des clins d’oeil subtils qui, ici et là, apportent un niveau de signification supplémentaire au récit.

Les contes racontent souvent des choses épouvantables, comme ici l’histoire d’une princesse qui tranche des têtes… N’est-ce pas problématique pour des enfants ?

Beaucoup d’enfants sont quotidiennement confrontés à la violence, qu’elle soit physique, verbale, explicite ou latente. Du coup, je pense qu’il est très important de montrer les côtés obscurs de l’homme et de leur donner une place. Le coeur de la princesse Turandot est retenu prisonnier par le roi Hiver. Il est la personnification de la peur. Turandot règne et réagit par peur. Une peur qui provient d’un traumatisme de guerre qu’elle a subi pendant l’enfance. Beaucoup d’atrocités sont issues de la peur – la peur de l’inconnu, la peur de perdre, la peur d’être blessé... La peur empêche l’homme d’être libre et elle est à l’origine d’énormément de malheurs et de misère. Mais il faut une fameuse dose de courage pour surmonter ses peurs et se laisser guider par l’amour. C’est de cela que parle Princesse Turandot. Ce qui est beau chez le prince inconnu et la vieille Reza, c’est qu’ils ne forcent jamais la princesse à aimer, mais qu’ils tentent de l’aider d’une autre façon, pour qu’elle développe par elle-même la force de surmonter cette peur, pour qu’elle puisse se décider librement d’aimer.

Qu’est-ce que Princese Turandot peut offrir aux enfants d’aujourd’hui ?

Dans le meilleur des cas, aller au théâtre peut devenir une expérience rituelle : on se réunit avec un groupe de gens, on vit quelque chose qui va au-delà de la réalité quotidienne et on en ressort complètement transformé. Du fait que Princesse Turandot est un spectacle intimiste et que les enfants sont assis au centre de l’événement, ils peuvent ressentir la force et la beauté de la voix humaine de si près qu’ils en sont « touchés » presque physiquement. Et la musique a quelque chose de magique. Shakespeare l’appelait la nourriture de l’amour. La musique est capable d’éveiller en notre âme un sentiment de réconfort, de beauté et d’empathie, et elle nous donne la force de croire en l’amour. Alors : « If music be the food of love, play on, play on! »

Propos recueillis par Linda Lovrovic

article - 13.2.2013

 

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