Fr  |  Nl  |  En

MyMM




Newsletter

Prénom
Nom de famille
Email

Taras Bulba

Filtrer par type de média : 

Taras Bulba

Entretien Antonio Méndez

La Monnaie - Entretien Antonio Méndez

Ce concert propose un éblouissant florilège de musique tchèque de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Lorsque le nationalisme tchèque commence à relever la tête contre la domination des Habsbourg, Bedřich Smetana est l’un des premiers à doter ce patriotisme d’un contenu musical. Avec son cycle de six poèmes symphoniques, Má vlast [Ma Patrie], auquel appartient aussi Vltava [La Moldau], il rend hommage à la beauté de sa patrie. Antonín Dvořák progressera dans cette voie mais cherchera aussi à se rattacher au grand courant européen, comme on l’entend notamment dans son magistral Concerto pour violoncelle. Grâce à ses mélodies parlées, Leoš Janáček est parvenu à faire transparaître l’essence de la langue tchèque dans son style musical et, avec des oeuvres orchestrales telles Taras Bulba, une rhapsodie d’après Gogol, il marqua de son sceau très personnel la musique européenne. Ce programme a été conçu par le chef d’orchestre Gerd Albrecht, qui a dû annuler sa participation au concert pour des raisons de santé. Antonio Méndez le remplace et il a accepté de maintenir tel quel un programme exceptionnel et difficile.

Vous avez dirigé Tchaïkovski et Dvořák à de multiples reprises. Quel intérêt portez-vous à la musique romantique ?

Le répertoire romantique m’intéresse beaucoup. Musicalement, je me sens Allemand d’adoption: le répertoire allemand m’est très familier et, par extension, Dvořák, Tchaïkovski et tout le romantisme tardif. Ces derniers temps, j’ai dirigé la Huitième symphonie de Dvořák avec la Philharmonie de Los Angeles, sa Sixième symphonie avec le Tonhalle-Orchester de Zurich (fin 2012) et sa Septième à Belfast. L’an prochain, je vais à nouveau diriger la Sixième, à Moscou cette fois, avec l’Orchestre national de Russie. Dvořák est un compositeur que j’aime mettre au programme, car je me sens à l’aise avec lui, peut-être en raison de son affinité avec la musique germanique. Dvořák sait tirer le meilleur parti de l’orchestre et chacune de ses symphonies présente des sonorités différentes.

Par comparaison avec le répertoire allemand, qu’estce qui vous attire plus spécifiquement dans le répertoire slave ?

Je crois que, d’une certaine façon, ces deux répertoires sont très proches. On connaît l’amitié entre Brahms et Dvořák, les principaux représentants de la musique allemande et slave de l’époque. Ils ont beaucoup de points communs en termes de sonorité et de phrasé. Tous deux recherchent un certain type de son, la sonorité grave et profonde des cordes, la sonorité noble des cuivres. Ainsi, il y a par exemple beaucoup de similitudes entre la Deuxième symphonie de Brahms et la Sixième de Dvořák, ou entre la Troisième symphonie de Brahms et la Septième de Dvořák.

Entre autres choses, Smetana, Dvořák et Janáček sont connus pour avoir exprimé leur patriotisme dans leur musique. Est-ce que vous tenez compte de la pensée nationale du compositeur quand vous dirigez ?

La musique d’un compositeur est intrinsèquement marquée par sa langue. Et il faut en tenir compte, tout comme du bagage culturel du compositeur ou des paysages de son pays. Je pense que Janáček, de par ses recherches sur la langue tchèque, se distingue de Smetana et de Dvořák. Raison pour laquelle l’influence de la langue et de la culture tchèque est aussi plus sensible chez Janáček. C’est parfaitement évident quand on écoute Jenůfa ou Taras Bulba.

Vous dirigez un programme conçu par Gerd Albrecht. Comment vous l’appropriez-vous ?

Suite au désistement du grand maestro Albrecht, il est de ma responsabilité d’assurer ce concert. Avant tout, je dois tenir compte du fait que durant tout le mois de janvier, l’orchestre a travaillé Jenůfa avec Ludovic Morlot. Bien qu’il s’agisse d’une oeuvre distincte, l’orchestre a développé un langage et une approche particulière de Janáček. J’hérite donc du travail accompli avec Jenůfa. À partir de là, je vais tenter de réaliser ce que je considère toujours comme ma mission: que la sonorité propre à chaque compositeur soit mise en valeur dans un programme cohérent.

À propos de cohérence, quel lien existe-t-il, selon vous, entre les différentes oeuvres du concert ?

Taras Bulba est l’oeuvre maîtresse de ce concert. S’y adjoindront deux autres compositions: le Concerto pour violoncelle de Dvořák et La Moldau, une des pièces sans doute les plus célèbres de Smetana, et qui est intimement liée à la culture tchèque. Le tout forme un parcours très cohérent et facile à suivre, aussi bien pour l’orchestre que pour le public. Indépendamment de la question nationale, c’est un programme très réussi et logique. Chaque oeuvre se nourrit de l’oeuvre antérieure. Dvořák est l’héritier de Smetana ainsi que la figure centrale de la musique tchèque à la fin du XIXe siècle. Et Janáček est en quelque sorte l’un des héritiers les plus importants de Dvořák. En enchaînant Smetana, Dvořák et Janáček, le programme illustre donc une sorte de relève générationnelle au sein de la musique tchèque. Cette séquence chronologique permet de présenter l’évolution de la musique slave de la fin du XIXe au début du XXe siècle.

Propos recueillis par Antonio Cuenca Ruiz

article - 1.2.2014

 

Taras Bulba
Concert

 Imprimer

La Monnaie ¦ De Munt
black-out
culturel