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Récital

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Le programme polonais que la Monnaie a proposé au cours de l’automne à l’occasion de la Présidence polonaise de l’Union européenne se termine avec une série de Concertini passionnants au cours du mois de décembre et avec un récital interprété par la soprano Elżbieta Szmytka, une chanteuse que la Monnaie a accueilli à plusieurs reprises. Accompagnée de Levente Kende, elle propose une superbe traversée de la musique polonaise, des compositions romantiques de Fryderyk Chopin à celles, ensorcelantes, de Karol Szymanowski.

Lors de votre récital, vous interpréterez des mélodies de Chopin, un compositeur
Chopin n’a composé que dix-neuf mélodies, et il se peut même que l’une d’entre elles ne soit pas de sa main. Ce sont des mélodies toutes simples, inspirées de la musique folklorique et destinées à divertir les dames dans les salons. À l’époque de Chopin, on ne connaissait ni la radio ni la télévision, et on avait l’habitude de jouer de la musique en famille ou entres amis. Chopin a donc écrit une musique agréable à l’oreille et facile à chanter. Le compositeur a passé presque toute sa vie d’adulte à l’étranger, et ces mélodies – à l’instar de toute sa musique – sont fort teintées de nationalisme et imprégnées de la mélancolie qu’il éprouvait pour sa Pologne bien-aimée…

Mais vous avez aussi mis au programme de ce récital des oeuvres pour piano solo de Chopin ?
Dans ses compositions vocales, la mélodie est certes moins complexe que dans son répertoire pour piano, mais l’harmonie n’en est pas moins intéressante et l’accompagnement moins brillant. Le pianiste Levente Kende et moi, nous avons voulu pointer cela du doigt en mettant également au programme les oeuvres qui ont rendu Chopin si célèbre.

Les autres compositeurs à l’affiche sont Karol Szymanowski et Mieczysław Karłowicz.
Szymanowski et Karłowicz étaient membres de « Jeune Pologne », un mouvement nationaliste moderniste comme on en a vu éclore ailleurs en Europe à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Tous deux firent leurs études à Berlin, Karłowicz se forma en outre à Heidelberg. De retour au pays, ils ont tenté de créer un nouveau style nationaliste original à partir de leurs racines culturelles. Ils voulaient que leur musique se démarque de la « musique de partout », selon l’expression de Szymanowski, un style que tout le monde pratiquait. Dans ce but, ils ont puisé dans le patrimoine musical et les traditions polonaises et ont essayé d’illustrer cet héritage dans leurs compositions. Karłowicz s’est principalement tourné vers la forme du poème symphonique. Malheureusement, cet alpiniste passionné est mort jeune : il s’est tué au cours d’une ascension alors qu’il n’avait que trente-trois ans. Ce n’était pas un homme enjoué, il a toujours été d’humeur morose, ce que reflètent clairement ses oeuvres de musique de chambre et orchestrales. Il y est partout question de la vie, de l’amour et de la mort, avec un message sous-jacent : « Nous en souffrons, le bonheur parfait est inaccessible, mais nous tenons le coup car cela ne durera pas éternellement. » Tous les jours de sa courte vie, Karłowicz pensait à la mort. Pour ses mélodies mélancoliques, il s’est intentionnellement tourné vers la poésie de Kazimierz Przerwa-Tetmajer, un de ses contemporains qui partageait son amour pour les montagnes. On pourrait en quelque sorte comparer l’oeuvre de Karłowicz avec le genre actuel du death metal : « Tout mène à la mort, et la mort est notre délivrance » – Karłowicz et Tetmajer en ont juste donné une traduction verbale et musicale plus belle...

Tout cela se situe à mille lieues des Rimes enfantines de Szymanowski…
Ces mélodies de Szymanowski sont à rapprocher du cycle Les enfantines de Moussorgski. Ce ne sont pas à proprement parler des mélodies pour enfants : Szymanowski s’immisce plutôt dans l’esprit d’un enfant pour décrire le monde. Dans cette oeuvre, il a intégré de nombreux chants populaires et a cherché à écrire des espèces de comptines enfantines. Ce sont des mélodies plutôt intellectuelles qui tentent de pénétrer dans le monde émotionnel d’un enfant. Szymanowski recourt ici à un langage très imagé : il utilise notamment des cris d’animaux, comme celui du cochon ou de la vache... La virtuosité vocale ne joue pas un rôle central dans ces mélodies. Pour une fois, le chanteur doit oublier qu’il a étudié au conservatoire et essayer de chanter avec un maximum de simplicité, mais sans naïveté. Cela me semblait intéressant, et je voulais confronter ces deux univers : le monde vu à travers les yeux d’un enfant, et de poignantes mélodies sur l’amour, la vie et la mort.

Ces dernières années, nous assistons à un regain d’intérêt pour l’oeuvre de Szymanowski.
Cela s’explique sans peine : il y a un temps pour chaque chose. Pourquoi chante-t-on les opéras de Dvořák et Janáček en tchèque et donne-t-on des récitals en tchèque et en russe, des langues qui sont tout aussi difficiles d’accès que le polonais pour la plupart des Européens de l’Ouest ? Cela ne pose apparemment aucun problème alors que le polonais fut considéré comme une langue trop difficile. Mais au sein du répertoire, comme les oeuvres à découvrir sont de moins en moins nombreuses, c’est à présent au tour de Szymanowski de susciter l’intérêt. À côté de quelques fantastiques oratorios, il n’a malheureusement composé qu’un seul opéra, Król Roger. Szymanowski me semble tout aussi impressionniste que Debussy, il invente de magnifiques sonorités. Il faut juste disposer de la sensibilité adéquate pour interpréter ses oeuvres.

Propos recueillis par Frederic Delmotte

article - 14.11.2011

 

Elzbieta Szmytka & Levente Kende
Récital

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La Monnaie ¦ De Munt