Fr  |  Nl  |  En

MyMM




Newsletter

Prénom
Nom de famille
Email

Récital

Filtrer par type de média : 

Angelika Kirchschlager

Entretien Angelika Kirchschlager

La Monnaie - Entretien Angelika Kirchschlager

Loin d’emprunter les chemins fréquentés, la mezzo-soprano Angelika Kirchschlager nous entraîne à travers un répertoire foisonnant de surprises, avec sa voix sensuelle, son raffinement musical et son intensité dramatique. Une conversation autour de l’opéra, des récitals, et du rôle que peut et doit jouer la culture dans la société.

Les lieder que vous interprétez lors de votre récital sont des perles de la fin de l’époque romantique. Cette période vous tient-elle particulièrement à coeur ?

Je n’ai pas vraiment de préférence pour le répertoire romantique, ni pour le début de l’ère ni pour la fin. J’ai choisi ces lieder parce que je trouve la musique magnifique. Quand je compose un récital, je sélectionne avant tout des lieder que j’aime. Le fait qu’il y ait un lien avec l’histoire de la musique n’est pas ma priorité. Par ailleurs, j’aime chanter ces lieder parce qu’elles sont toutes très« viennoises » et ont un rapport avec mon répertoire d’opéra, moi qui ai chanté beaucoup d’opéras de Strauss.

< strong >Vous avez fait une belle carrière dans l’opéra. Souhaitez- vous à présent plutôt vous consacrer au répertoire des lieder ?

Les vingt dernières années, j’ai en effet arpenté de multiples scènes d’opéra et je sens que le moment est venu d’un peu ralentir le rythme. Pour le moment, je préfère donner des récitals et des concerts de musique de chambre. L’opéra est dramatique, pas seulement au sens propre sur scène, mais également au sens figuré dans les coulisses. Il faut travailler avec tant de gens : metteurs en scène, chefs d’orchestre, chanteurs… Chacun a sa vision très personnelle de la production. En outre, j’aimerais moins voyager et plus organiser moi-même mon travail, ce qui est bien entendu beaucoup plus compliqué avec l’opéra. Quand on participe à une production d’opéra, il faut se plier à ce que les autres vous imposent. Qui plus est, monter une production d’opéra prend énormément de temps. Si composer et apprendre un récital de lieder dure tout aussi longtemps, on peut organiser soi-même le travail, le préparer chez soi, sans être obligé de passer six semaines dans une ville étrangère, loin de sa famille et de ses amis. Le public des récitals et des concerts de chambre est très différent, lui aussi. Il est plus calme et a l’oreille très fine, on dirait qu’il a des capteurs. À l’opéra, tout est plus haut en couleur et plus tapageur : on y peint avec des pinceaux grossiers et des couleurs vives, tandis que lors d’un récital, on utilise des instruments plus fins, plus subtils, qui vont bien plus en profondeur et ont une stratification psychologique bien plus variée. Un récital peut paraître serein et peu spectaculaire, mais en réalité c’est nettement plus captivant. Je le considère comme une montagne russe émotionnelle.

< strong >Quelles émotions souhaitez- vous alors partager ?

Lors d’un récital, je chante d’être humain à être humain. Je souhaite susciter tant d’émotions. Quand le public rentre chez lui, j’espère que quelque chose a changé. Les émotions qui se dégagent d’un récital sont tellement diverses, allant du désespoir à la tristesse et à la joie… Il est vrai que certains lieder ne rendent pas joyeux, mais toute émotion qui s’exprime, quelle qu’elle soit, est en soi une chose positive.

< strong >Récemment, vous avez prétendu que « la culture est une denrée alimentaire, qu’elle est essentielle pour l’homme, et qu’elle est plutôt la pomme de terre que la sauce ». Mais est-elle toujours légitime dans certains pays profondément touchés par la crise économique ?

Je comprends cette remarque, mais elle est erronée. Quand il faut se battre pour survivre, que ce soit en Europe ou sur d’autres continents, je comprends que la culture ne soit pas la préoccupation première. Mais quand ce n’est pas encore le cas, ou quand cette phase est terminée, il faut d’emblée stimuler la culture. Il ne faut pas attendre que l’économie et la politique aient retrouvé leur stabilité et espérer qu’il reste alors encore quelques deniers pour la culture. Je peux vous parler de l’Autriche. En comparaison d’autres pays, même européens, l’Autriche est un pays riche, mais des courants et des partis politiques veulent brider la culture Or, tant qu’il y a de l’argent pour construire des centres commerciaux et des stades de football, il faut pouvoir organiser des récitals ! Quand je fais référence à l’art, je ne me limite pas à nos propres expressions artistiques d’Europe occidentale. Chaque communauté a ses propres expressions culturelles et artistiques. Il s’agit en essence de la manière dont les citoyens interagissent. Si les rapports humains étaient« cultivés », le monde irait sans doute moins mal.

< strong >Quels sont vos projets d’avenir ?

Comme chaque année, je pars en tournée à travers l’Autriche pour chanter des lieder dans de petits villages. Un peu à l’instar de Médecins sans Frontières, car je le fais bénévolement. En novembre, je me produis aux côtés de Konstantin Wecker, qui n’est peut-être pas très connu en Belgique, mais qui est une grande vedette dans les régions germanophones. L’objectif est de faire découvrir le lied à un public plus large. Il écrit de nouveaux lieder et moi j’interprète le répertoire classique.

Il vous faut en plus libérer du temps pour vos étudiants !

Ma tâche de professeur consiste à apprendre à de jeunes chanteurs à se forger une opinion. Ce serait dommage qu’ils ne deviennent rien que des machines qui chantent très bien d’un point de vue technique et s’appliquent à tout faire pour le mieux, mais sans transmettre de message personnel. Je trouve important que des chanteurs puissent interpréter Schubert d’une manière pertinente pour notre époque.

Propos recueillis par Frederic Delmotte

article - 16.10.2013

 

Angelika Kirchschlager
Récital

 Imprimer

La Monnaie ¦ De Munt
Keep the
lights on!