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Maison d’opéra fédérale au sein de la capitale de l’Europe

LA MONNAIE DE MUNT

L’art nous permet de comprendre notre mondeHadja Lahbib
Quel est votre premier souvenir à la Monnaie ?

Hadja Lahbib (journaliste et réalisatrice) : Il faut savoir que je suis une vraie bruxelloise, j’ai grandi boulevard Émile Jacqmain, donc la Monnaie était avant tout pour moi un bâtiment impressionnant et une aire de jeu. Mon papa travaillait dans une boutique tout près de la Monnaie donc j’étais souvent ici avec mon skateboard. Il a fallu attendre l’adolescence et un hasard pour que je pénètre à l’intérieur, parce que la grande sœur d’une amie était costumière à la Monnaie. Une fois, lorsque nous sommes allées la chercher au travail elle nous a fait visiter les ateliers. J’ai été immédiatement impressionnée par cette fourmilière qui se trouvait là, derrière la scène. Au bout d’un moment j’ai abouti sur scène et là, sous mes yeux, il y avait le dôme, les peintures, les sièges, le velours chatoyant et chaleureux. Je me suis très vite fait un film dans ma tête en m’imaginant les spectateurs, les applaudissements et les grandes tragédies humaines qui devaient se jouer ici. Ce n’était rien de concret, mais cela montre à quel point que cette salle, même vide, déploie l’imaginaire et invite finalement à l’évasion.

Quel est le dernier opéra ou concert qui vous a émue aux larmes ?

C’est le Requiem pour L. d’Alain Platel et Fabrizio Cassol. Alors, c’est l’histoire extraordinaire et dramatique d’une femme en fin de vie que l’on voit décliner sur grand écran, avec à ses pieds 40 musiciens, la plupart d’origine africaine, qui revisitent le Requiem de Mozart à leur façon avec leurs influences africaines, mais aussi avec un peu de jazz. Et c’est exactement ce mélange de genres avec cette vie qui s’en va – ce moment charnière qui nous attend tous – qui m’a émue aux larmes.

Comment voyez-vous le rôle de la culture dans notre société ?

La culture pour moi c’est l’essence même de la société. C’est ce qui nous permet de nous définir, de nous situer, de savoir qui nous sommes. C’est ce que nous partageons en commun comme image collective, comme valeurs, et qui nous permet d’aller vers l’autre sans peur. Donc pour moi la culture est à la fois le ciment et les briques de notre société. La culture est ce qui permet aussi d’élever le débat, de mettre des mots sur le raisonnement, c’est pour moi un tout.

Pourquoi les jeunes devraient-ils participer plus à la culture qu’ils le font maintenant ?

Parce que la culture est la meilleure nourriture pour l’esprit. Que ce soit dans un musée, que ce soit sur une scène, c’est ce qui nous permet de polir le verbe et d’éviter que le débat devienne trop blanc ou trop noir. Souvent, les jeunes ont des problèmes à formuler exactement ce qu’ils ressentent. On a tous des sentiments diffus en nous et les artistes par leur art nous permettent souvent de dire ‘Ah oui, c’est ça ce que je ressens’. Les artistes vont mettre en lumière de façon subtile ce que nous ressentons tous de manière confuse. L’art nous permet vraiment de comprendre notre monde. Les artistes sont à la fois les baromètres et les sentinelles de notre société. Ceux qui nous disent ‘Attention, il se passe quelque chose ici’. Ce sont eux les précurseurs et l’avant-garde qui nous amènent à une sorte de prise de conscience. Et c’est pour ça que les jeunes doivent aller au musée, à l’opéra, au théâtre le plus souvent possible parce que c’est comme ça qu’ils vont trouver leurs propres mots et leur propre raisonnement.

Comment voyez-vous l’entente entre l’éducation et la culture ? Comment les deux peuvent-ils se renforcer mutuellement ?

Pour moi, la culture c’est l’éducation. La culture n’est pas la cerise sur le gâteau, non la culture est le gâteau même. La culture fait entièrement partie de notre éducation. Si on prend les grands classiques – Shakespeare, Tchaïkovski ou autres – ça fait partie de la construction européenne et de nos sociétés. Les artistes mettent en lumière ces histoires, souvent en les actualisant. C’est ce que la Monnaie a fait il y a quelques années avec l’histoire de Frankenstein. Après cet opéra on peut se poser la question ‘Est-ce que nous aussi, on joue les apprentis-sorciers ?’, mais on peut le mettre aussi dans le contexte de ce que nous avons fait en Afghanistan en y envoyant des troupes etcétéra. Ce sont toutes ces formes de questionnement que nous apportent les artistes quand on met les grandes classiques dans la lumière d’aujourd’hui.

Comment est-ce que la Monnaie pourrait jouer encore un plus grand rôle dans la société bruxelloise ?

En continuant à s’emparer des grands débats de nos jours – que ce soit le développement durable, le climat, les injustices sociales – et en continuant à permettre à des artistes émergeants de venir sur des scènes aussi prestigieuses que celle-ci, en développant des programmes participatifs. Je me souviens de cette grande pièce d’Orfeo & Majnun qui a permis à des personnes qui n’étaient pas formées au chant choral de participer à des grands spectacles. Tout à coup, ce grand bâtiment prestigieux ouvre ses portes sur la ville et sur tout ce qui forme la composante de la société bruxelloise – et Dieu sait si elle est diverse et variée. Quand une espace comme la Monnaie, avec l’histoire qu’elle porte aussi, s’ouvre et accueillit toute la diversité de la population bruxelloise, elle est vraiment en phase avec la société et elle joue pleinement son rôle social.

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