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Maison d’opéra fédérale au sein de la capitale de l’Europe

LA MONNAIE DE MUNT

La culture est synonyme de libertéNora Gubisch
Quel est votre premier souvenir à la Monnaie ?

Nora Gubisch (mezzo-soprano) : Ce sont deux souvenirs. Premièrement, j’ai le souvenir du nom de cette maison d’opéra qui me demandait toujours des disponibilités pour des projets que j’aurais adoré faire, mais je n’étais jamais libre ! C’était comme une fatalité. C’est peut-être pour ça que la première fois que les agendas se sont alignés et que j’ai pu participer à une production à la Monnaie, j’ai trouvé ça si extraordinaire. Le deuxième « premier » souvenir est celui de la production de Cendrillon de Massenet, et c’était doublement génial, car c’était Alain (Altinoglu, le directeur musical actuel) qui dirigeait l’orchestre, ce qui nous a permis de venir en famille – notre fils étant scolarisé à Bruxelles pour l’occasion. Cela a marqué le début d’une aventure tant pour Alain, qui est depuis devenu le directeur musical de la maison, que pour moi… le début d’un long chemin. Cette production était fantastique : on avait constamment des fous rires backstage avec les collègues. J’avais un changement de costume très rapide et les maquilleuses et les habilleuses étaient huit à s’occuper de moi, à s’activer comme dans une fourmilière… C’était un début explosif de chaleur, d’amour, de simplicité. C’est vraiment une maison fantastique.

Quel est le rôle de la culture dans notre société actuelle ?

C’est une question vaste et grave. Le rôle de la culture est capital. Elle est synonyme de liberté pour moi. On remarque que la culture est presque inexistante dans les pays totalitaires. On peut mesurer à quel point elle est précieuse et vitale et il est difficile de se représenter ce que serait une société sans culture. Acheter un livre (qu’est-ce qu’on fait quand on ne peut plus lire ?), éveiller l’imaginaire, tout ce qu’on va élaborer dans notre imagination… La culture est vitale pour les enfants. Que deviennent les envies des enfants sans la culture ? Élaborer un nouveau jeu, ça fait aussi partie de la culture… lire un livre leur permet de se projeter… tout cela fait partie de la culture. Et pourtant pendant le confinement, on a partiellement été privés de cette culture. À titre personnel, j’ai trouvé ça très exotique de me retrouver confinée en famille. Mais après quelques mois, de manière insidieuse et perverse, j’ai commencé à me sentir très mal, sans comprendre pourquoi. Une partie de moi était en train de mourir en quelque sorte, car je ne me sentais plus utile. Quand on remarque à quel point la culture a également manqué au public durant cette période, on se rend compte que sa transmission auprès du public au travers des artistes est vitale. Ce ne sont pas que des mots, c’est très puissant, ça se vit de l’intérieur, c’est viscéral.

Qu’est-ce qui rend la Monnaie si spéciale pour vous ?

Tout d’abord, la Monnaie est une maison spéciale pour moi d’abord parce que Alain, mon mari, en est le directeur musical, donc c’est forcément une chose particulière. En quoi la Monnaie est si spéciale ? C’est la chaleur de cette maison, la chaleur des gens, la simplicité, la générosité, le côté familial qui se dégagent de cette maison et de ses collaborateurs. Je ne dis pas tout ça parce que mon mari travaille ici, mais bien parce que je l’ai ressenti dès la première production à laquelle j’ai participé. J’aime aussi son côté non arrogant – c’est très précieux, car ce n’est pas souvent le cas – qui fait rejaillir le meilleur de ce qui est en nous, forcément.

Quel est votre endroit préféré à la Monnaie ?

Définitivement la terrasse de la Salle Malibran ! J’adore cet endroit, car il est le symbole des pauses en répétitions (répétitions qui peuvent parfois être très intenses). C’est le lieu où tout le monde se retrouve – pas seulement entre chanteurs, mais également avec les machinistes, les accessoiristes ou même des personnes avec qui on a un peu moins de contact. On échange, on respire, on recharge les batteries puis on repart.

L’opéra est-il – ou pas – la forme d’art ultime pour vous ?

On dit souvent que l’opéra est un art total, ultime. Dans les faits, cela regroupe effectivement toutes les formes d’art : le chant, le livret pour l’écriture, la musique, la peinture et la sculpture pour les décors, les costumes, le théâtre, et j’en oublie peut-être encore. En cela, c’est un art extrêmement complet. Les vibrations qu’on peut ressentir quand on est dans le public sont absolument indescriptibles, on ne peut pas les imaginer si on n’y est jamais allé. C’est pour cela qu’il faut venir à l’opéra et ne pas partir du principe que c’est quelque chose qui ne va pas nous plaire ou qui est trop élitiste. Il faut cependant que les maisons d’opéras pratiquent des tarifs abordables pour qu’on puisse aller à l’opéra pour le prix d’une séance de cinéma. Les gens qui ne sont jamais allés à l’opéra vont ressentir dans leur corps des choses qu’on ne peut pas expliquer avec les mots : ils vont voir, entendre, leur corps va vibrer, entrer en communion avec le plateau, avec ce que les artistes envoient, avec la puissance phénoménale de l’orchestre. On peut regarder tous les DVD du monde, assister à tous les concerts de musique pop du monde, ce ne sera jamais identique à ce qu’on ressent lorsque l’on assiste à un opéra, avec ce côté extrêmement particulier de la musique non amplifiée.

Pourquoi les jeunes devraient-ils aller à l’opéra ?

Le public, c’est presque dès la naissance qu’on doit le former, lui tendre la main. Je suis bien placée pour le savoir, car j’ai un fils de bientôt 16 ans, qui bien évidemment a baigné dans la musique en grandissant dans une famille de musiciens. Grâce à lui, dès la maternelle, j’ai pu voir d’autres enfants et me rendre compte à quel point ce n’était pas quelque chose de normal. J’ai organisé plusieurs sorties scolaires avec ces enfants, qui sont venus à l’opéra pour me voir chanter. Durant les premières secondes, ils peuvent trouver ça drôle, ces voix « en vrai », mais après ils sont fascinés. Et puis c’est devenu une chose normale pour eux. En fait, plus tard on commence, plus cela devient quelque chose de fastidieux, parce qu’on est pris dans les a priori : l’opéra ce n’est pas pour moi, c’est pour les snobs, etc. Mais non, cela peut être quelque chose de tout à fait populaire et de très accessible (à condition aussi que cela le soit financièrement). C’est plutôt aux parents que je m’adresse : ce n’est pas vrai qu’un concert, un opéra soit trop long pour eux, et si on n’arrive à n’y rester que 20 minutes la première fois, ce n’est pas grave. Il faut essayer, il faut les emmener, leur donner le goût.

Si vous ne pouviez sauver qu’un seul opéra pour l’éternité, lequel serait-ce ?

Cette question est horrible ! Il y en aurait plein. Je déteste cette question mais je vais y répondre pour jouer le jeu. Je vais choisir le Ring, pour en sauver quatre à la fois.

Quel est le dernier opéra ou concert qui vous a émue aux larmes ?

C’est un peu particulier… Le dernier concert qui m’a donné une grande émotion, c’était le premier concert où je suis remontée sur scène après un an et demi d’absence. Je ne m’attendais pas à être si émue. C’était un concert de gala au Théâtre des Champs-Élysées à Paris, j’étais en coulisses avant de monter sur scène et j’ai entendu l’ouverture de Carmen. J’ai rapidement été prise d’une profonde émotion en me rendant compte que c’était « pour de vrai ». Je pouvais presque ressentir l’intensité d’écoute du public à travers les retours. Je me suis reprise avant de monter sur scène pour interpréter un extrait de Samson et Dalila, mais à nouveau, j’ai été très touchée en me retrouvant face au public. C’est assez indescriptible, c’est de l’ordre du ressenti et du partage du vivant, de la dialectique entre le public et moi. Ça nous ramène encore au pourquoi il est important d’aller au spectacle, ça se vit, ne serait-ce qu’une fois pour essayer.

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