MM Tickets sera fermé du lundi 9 juillet jusqu'au lundi 20 août inclus. MM Tickets sera à nouveau ouvert à partir du mardi 21 août. La vente de tickets et d’abonnements se poursuit en ligne.

Fermer

Maison d’opéra fédérale au sein de la capitale de l’Europe

La Monnaie / De Munt

« Ce qui m’intéresse, c’est plus le mot que la note. »

– Mark Pardmore

Ce 24 septembre, le ténor britannique Mark Padmore inaugure la saison des récitals à la Monnaie. Accompagné par le pianiste Simon Lepper, il interprète les Kerner Lieder de Robert Schumann et le cycle, très intime, An die ferne Geliebte de Ludwig van Beethoven. Dans l’œuvre de Beethoven, ce sont surtout les pièces orchestrales qui ont retenu l’attention. Mark Padmore nous montre combien il était aussi un pionnier dans le genre de la mélodie.

Vous allez chanter à la Monnaie une première partie de programme entièrement consacrée à Beethoven. Comment expliquez-vous qu’il soit si peu connu en tant que compositeur de lieder ?

Excellente question ! Cela reste un mystère pour moi. Beethoven est le premier compositeur qui ait vraiment pris le genre au sérieux. Mozart ou Haydn ont écrit de jolies choses, mais qui sont marginales dans leur production. Avec Beethoven, c’est une nouvelle étape qui commence pour le genre du lied. Le sens reçoit une attention inédite, et le compositeur choisit des textes d’une très haute tenue littéraire, de Goethe notamment. L’écriture vocale est exigeante (même si elle n’est pas aussi épouvantable que dans la Missa Solemnis ou Fidelio) et la partie pianistique demande de l’auditeur une attention au moins égale. Bref, tout ce que j’aime en musique : c’est la signification qui prend le pas sur la pure prouesse virtuose. Le mot est plus intéressant que la note.

Est-ce la raison qui vous a fait revenir si souvent aux Évangélistes dans les Passions de Bach ?

Certainement. Depuis que je suis tout petit, j'aime raconter des histoires. Passer au chant n’a été qu’une façon de modifier la façon dont je racontais les choses. Qu’est-ce que la Passion du Christ, sinon un scénario, le plus émouvant et le plus fort qui soit ? C’est un rôle vers lequel je reviens sans cesse, et où je n’arrête pas de découvrir de nouvelles choses. La façon dont vous pouvez sculpter votre récit est infinie, suivant que vous mettrez l’accent sur telle ou telle syllabe, que vous allongerez un tout petit peu par un silence ou un aigu... Tout cela est fascinant. Pour la même raison, la musique de Janáček me stupéfie. Elle est intimement liée au langage parlé.

Mark Padmore explains Bach's St Matthew Passion
Le public vous voit davantage comme un chanteur d’oratorio que comme un chanteur d’opéra. Vrai ou faux ?

Les deux à la fois. Il est vrai que j'ai chanté plus d’oratorio et de lieder que d'opéra. Mais j’aime être sur scène. J’ai chanté presque tout ce que le répertoire lyrique offre à mon type de voix, mais c’est finalement assez limité. Je ne me vois pas faire du bel canto type Bellini ou Donizetti, et encore moins m’aventurer dans ce qu'on appelle « le grand répertoire ». Quant à Wagner, je suis attiré par le rôle de Loge dans L’Or du Rhin, mais aucun chef ne me l’a encore proposé.

Pour des oreilles continentales, les ténors britanniques semblent avoir quelque chose en commun. Comment l’expliquez-vous ?

Cela n’est vrai qu’à un certain niveau d’écoute, assez superficiel. Il est vrai que l’enseignement du chant en Angleterre est très marqué par une tradition chorale, qui privilégie un style un peu « lisse ». Dès que l’on approfondit un peu les choses, on voit que les interprètes britanniques ont chacun quelque chose d’unique. J’aime prendre comme exemple mes deux professeurs : Philip Langridge et Anthony Rolfe-Johnson. Alors qu’Anthony privilégiait volontiers le galbe, la pureté de la ligne (son Cassio dans Otello est mémorable), Philip s’attachait plutôt à l’aspect textuel, à la signification. J’espère avoir appris des deux, et pouvoir transmettre cela au public de la Monnaie en septembre.

Partager cette page