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LA MONNAIE DE MUNT

Préférer la découverte à la répétition.

Katia et Marielle Labèque

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5 min.

Le 2 septembre 2018, l’Orchestre symphonique de la Monnaie dirigé par Alain Altinoglu accompagnera, pour la première fois, le duo des pianistes françaises Katia et Marielle Labèque au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Une occasion rêvée pour se pencher sur le travail de ces deux artistes inclassables.

L’AVANT-GARDE

Nées à Bayonne d’un père médecin mélomane et d’une mère pianiste, les sœurs Labèque font partie du paysage musical international depuis plusieurs décennies sans montrer le moindre signe de vouloir s’arrêter. Dès 1968, après avoir obtenu leur diplôme de piano au Conservatoire de Paris, Katia et Marielle Labèque commencent à travailler ensemble un répertoire de piano à quatre mains ou à deux pianos. Elles enregistrent leur premier album Les Visions de l'Amen d’Olivier Messiaen sous la direction du compositeur en personne. Comme le décrit Katia dans une interview pour le Telegraph en 2009 : « Cette rencontre nous a ouvert beaucoup de portes, nous faisions partie de l’élite avant-garde ». Elles collaborent en effet avec de nombreux compositeurs contemporains de l’époque, de Luciano Berio à Pierre Boulez, en passant par Philippe Boesmans et György Ligeti. Malgré le prestige de ce répertoire, l’idée d’être cataloguée dans ce style particulier de musique ne plait à aucune des deux jeunes femmes et elles cherchent rapidement une alternative.

LA MUSIQUE BAROQUE

Lorsqu’on leur suggère, en 1980, de réaliser une version pour deux pianos du Rhapsody in Blue de Georges Gershwin, les sœurs Labèque sautent sur l’opportunité. Un pari gagnant pour les musiciennes puisque leur album se vend à plus de 500 000 exemplaires, l’un des premiers disques d’or de l’histoire de la musique classique. Depuis, leur répertoire ne cesse d’évoluer, de se diversifier. Katia et Marielle sont aussi à l’aise avec le ragtime et le flamenco que la pop et le rock expérimental. Elles forment également assez tôt une affinité avec la musique baroque par l’intermédiaire de Marco Postinghel, à la suite de quoi elles commandent la construction de deux pianofortes Silberman en 1998, deux instruments parmi les dix-sept abrités dans leur appartement romain, une ancienne propriété de la famille Borgia qu’elles partagent depuis 2005. Avec les deux Silberman, les sœurs Labèque explorent depuis plusieurs années le répertoire baroque en concerts où elles accompagnent les plus célèbres interprètes, notamment avec l’ensemble italien Il Giardino Armonico, le groupe des English Baroque Soloists sous la direction de Sir John Eliot Gardiner ou encore avec the Orchestra of the Age of Enlightenment et Sir Simon Rattle.

« chercher l’écho plutôt que le refrain et préférer la découverte à la répétition. »

La carrière de concertistes que mènent les sœurs Labèque est résolument internationale. Elles se produisent dans plusieurs festivals et salles prestigieuses comme le Vienna Musikverein, Carnegie Hall, le Royal Festival Hall, La Scala, à l’Hollywood Bowl, aux BBC Proms, au Festival de Tanglewood, Salzburg et tant d’autres lieux de renom. Par ailleurs, en 2005, un public de plus de 33 000 personnes assiste au concert de gala de fin de saison du Berliner Philharmoniker dont elles sont les principales « guest stars ». Puis en mai 2016, c’est un record de plus de 100 000 spectateurs qui peut se rendre au château de Schönbrunn pour les écouter au Sommernachtskonzert du Wiener Philharmoniker où elles figurent en tant que solistes, un concert suivi universellement à la télévision par plus d’1,5 milliard de personnes.

LA MUSIQUE MINIMALISTE

Le lien que Katia et Marielle entretiennent avec la scène minimaliste émaille l’ensemble de leur carrière. À partir de leurs premières collaborations, de nombreux compositeurs issus du mouvement d’avant-garde, puis du mouvement minimaliste, ont écrit de nouvelles œuvres spécialement pour elles. On dénombre parmi ces morceaux Linea pour deux pianos et percussions de Luciano Berio, Water Dances de Michael Nyman, Battlefield pour deux pianos et orchestre de Richard Dubugnon, Nazareno pour deux pianos, percussions et orchestre de Osvaldo Golijov et Gonzalo Grau, ou encore Capriccio de Philippe Boesmans. Au cours de l’année 2008, elles ont réalisé, en France, en Italie, en Angleterre et à Cuba, la première de Four Movements pour deux pianos du célèbre compositeur minimaliste et post-minimaliste américain Philip Glass. Ce dernier a aussi composé spécialement pour les sœurs Labèque, en 2015, un concerto pour deux pianos dont elle ont donné la première mondiale à Los Angeles au Walt Disney Hall sous la direction du chef d’orchestre vénézuélien Gustavo Dudamel. Ce n’est donc pas une coïncidence si le premier album qu’elles enregistrent dans leurs propres studios (Studio KML), construits en 2012 dans une ancienne école à Rome, est une rétrospective sur environ un demi siècle de musique minimaliste intitulée Minimalist Dream House. Cette année, elles inaugurent également la première mondiale du Concerto for Two Pianos de Bryce Dessner, une autre création qui leur est expressément dédiée. En 2019, c’est le jeune compositeur américain Nico Muhly qui leur proposera sa nouvelle œuvre pour deux pianos.

FONDAZIONE KML

Depuis 2005, Katia et Marielle Labèque détiennent leur propre fondation. Etablie à Rome, la Fondazione KML explore, soutient et présente des concerts et des performances. Avec cette fondation, les deux sœurs veulent encourager la collaboration entre les artistes, elles y voient une manière de perpétuer leur héritage artistique. En conséquence, les projets défendus par la fondation sont principalement collaboratifs, orientés vers les performances pluridisciplinaires ainsi que vers l’éducation. Les artistes sont invités à créer ensemble des nouveautés en mélangeant la danse, la musique et l’audiovisuel. Pour mieux comprendre l’objectif général recherché, on peut lire sur le site internet de la fondation, l’affirmation suivante : « L’Art est, avant tout, un phénomène social et pas seulement l’intervention d’un seul individu ». La Fondazione KML insiste également sur l’alliage qui a tant singularisé la carrière de ses créatrices, c’est à dire la préservation de l’héritage classique d’une part, et la recherche d’idées neuves au sein d’interprétations contemporaines d’autre part. Le comité d’honneur qui entoure les sœurs Labèque est particulièrement prestigieux et diversifié : Thomas Adès, Placido Domingo, Daniel Day-Lewis, Sir John Eliot Gardiner, Sir Simon Rattle, Bill T Jones, Magnus Lindberg, Madonna, John Mc Laughlin, Peter Sellars et Axel Vervoordt. En plus des jonctions artistiques qu’elle préconise, la fondation propose une ergonomie financière dont la structure est dédiée à la recherche de talents et la recherche de nouveaux répertoires. La stratégie des sœurs Labèque exprime leur ambition qu’elles synthétisent en ces termes : « chercher l’écho plutôt que le refrain et préférer la découverte à la répétition. ».

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