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LA MONNAIE DE MUNT

La soprano Véronique Gens est une grande habituée de notre scène. Elle y a fait ses débuts en Donna Elvira (Don Giovanni), suivis des rôles d’Iphigénie (en Aulide), du Roi Gaële (Alceste), de Vitellia (La clemenza di Tito) et plus récemment de Madame Lidoine (Dialogues des Carmélites). Elle est aussi une interprète passionnée de la mélodie française, comme elle en témoigne ici.

© Sandrine Expilly
Véronique Gens, après une remarquable Madame Lidoine dans Dialogues des Carmélites à la Monnaie, vous y revenez ce 11 février pour un nouveau récital.

Ce sera un récital exclusivement consacré à la mélodie française qui a un répertoire suffisamment riche pour offrir toutes les variations d’atmosphère. Et je veux aussi éviter de refaire une énième version de cycles bien connus comme les Banalités ou La Courte paille.

Je préfère m’aventurer hors des sentiers battus, tout d’abord chez Reynaldo Hahn, un compositeur trop peu connu et dont j’adore les exceptionnelles qualité et variété des mélodies. Il y aura Gounod, la mélancolie de Duparc, la légèreté de Massenet qui n’est peut-être pas aussi profond que Duparc – ce qui le rend difficile à placer dans un récital – mais qui possède son propre charme. Je terminerai par les Fables très connues de La Fontaine mises en musique de façon très drôle par Offenbach, pour permettre au public de partir la tête légère. J’insiste, la mélodie française est un domaine tellement riche en lui-même qu’il n’est pas nécessaire d’ajouter un lied de Schubert ou de Schumann, comme on me le demande parfois.

Votre programme propose une mélodie du prince Edmond de Polignac, plus connu comme mari de l’une des plus grandes mécènes françaises que comme compositeur formé à Munich et à Paris ?

Son Lamento, sur un texte de Théophile Gauthier utilisé par Berlioz dans les Nuits d’été sous le titre d’Au cimetière, est une pièce à l’ambiance spéciale qui provoque à chaque fois que je la chante un moment d’étonnement du public. À la demande de la Monnaie, qui programme prochainement l’opéra Robert le Diable, j’ai prévu aussi quelques pièces de Meyerbeer. Mais ici nous sommes encore dans le caractère plus léger de la romance et de la ballade. Ce qui oblige à nouveau à faire attention aux équilibres entre les compositeurs. On ne peut pas juxtaposer Meyerbeer avec Duparc.

Avant de vous contacter, j’ai relu La Mélodie et le Lied de Rémy Stricker (1975). À cette époque, on a l’impression que la musicologie française dévalorisait la mélodie face au lied allemand.

Pourtant, il y a tellement de belles choses dans la mélodie française ! Beaucoup de partitions sont éditées mais ne sont pourtant pas chantées ou rarement. Je me retrouve, à quelques années de distance, dans une démarche que j’ai déjà connue dans les années 1990 avec le Centre de musique baroque de Versailles où l’on redécouvrait de la musique baroque qui dormait dans la poussière des bibliothèques. Je revis la même démarche avec le Palazzetto Bru Zane à Venise dont les recherches sur la musique romantique française remettent en lumière une musique qui n’a pas été chantée depuis le XIXe siècle.

Vous avez collaboré avec Palazzetto Bru Zane pour établir votre programme ?

Non, c’est le résultat des recherches que je fais avec ma fidèle complice, la pianiste Susan Manoff. Nous travaillons chacune de notre côté, puis nous nous réunissons pour essayer et choisir ce qui nous procure le plus de plaisir à chanter et à jouer. Susan Manoff s’intéresse au répertoire de la mélodie depuis longtemps, ce qui lui permet d’avoir une très belle bibliothèque sur le sujet.

© Franck Juery
Une thématique dans ce récital ?

Ce sont surtout des envies et le plaisir de rechercher et d’interpréter des choses différentes.

Vous vous sentez plutôt conteuse-poète ou plutôt chanteuse ?

Ni complètement l’une ni complètement l’autre, c’est moitié-moitié. Je ne fais pas un récital pour étaler des vocalises brillantes ou du beau chant. Je cherche quelque chose de plus intimiste, de plus simple, un rapport direct avec le public. Je suis là pour raconter une histoire à travers de sublimes textes de grands poètes français. Et le piano de Susan Manoff m’aide à entrer dans une ambiance, à raconter une histoire.

Au moment où nous faisons cette interview, vous répétez Les Troyens de Berlioz à la Bastille dans une mise en scène de Dmitri Tcherniakov. Pouvons-nous en dire quelque chose ?

Non (rire), sinon que ce sera quelque chose de grandiose.

Et pour la suite ?

Je continue mon rôle d’ambassadrice de la musique française délaissée. Beaucoup de récitals à l’agenda, en mars le rôle de Donna Elvira sous la direction d’Antonello Manacorda au Staatsoper de Vienne, en mai je serai à Bozar pour une Armide de Lully aux côtés du Concert Spirituel dirigé par Hervé Niquet, et en juin au Théâtre des Champs-Élysées avec toute la joie et la liberté qu’offre Maître Péronilla, un opéra bouffe de Jacques Offenbach qui sera suivi d’un enregistrement pour Bru Zane.

Vous aimez visiter à pied les villes où vous travaillez. Quels sont vos endroits de prédilection à Bruxelles ?

À force d’y travailler, je ne me promène plus le nez au vent pour découvrir la ville, mais je retourne volontiers au Sablon, entre autres pour visiter un célèbre chocolatier, sinon les Galeries Saint-Hubert sont aussi un lieu de promenade apprécié. Et j’adore aussi aller dans des restaurants pour goûter de bonnes soupes belges que je trouve fort intéressantes.

Propos recueillis par Benoit van Langenhove
 

Véronique Gens dans notre production de La clemenza di Tito en 2012
Véronique Gens dans notre production de La clemenza di Tito en 2012 © Baus

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