Maison d’opéra fédérale au sein de la capitale de l’Europe

LA MONNAIE DE MUNT

Lettre ouverte

Peter de Caluwe

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5 min.

Ces dernières semaines, en coulisses, malgré une deuxième vague de contamination et le durcissement des mesures sanitaires, l’ensemble de nos équipes a travaillé sans relâche pour préparer le retour des spectacles à la Monnaie dans les meilleures conditions possibles. Notre Directeur général et Intendant Peter de Caluwe vous guide à travers la programmation remaniée pour la deuxième partie de notre saison.

Aller de l’avant. C’est quelque chose que nous avons toujours fait. Ces dernières semaines, c’est même la seule chose que nous ayons pu faire, vu le silence imposé à notre scène. À la fin du mois d’octobre, lorsque nous avons dû mettre fin à notre série de représentations de l’opéra Die tote Stadt, il était clair que, dans le contexte actuel, nous ne pourrions pas maintenir une grande partie de la programmation de la saison telle qu’elle était prévue. Mais ce n’était pas une raison pour rester les bras croisés. De mon point de vue, le besoin de créer est l’essence même d’une institution culturelle. C’est pourquoi, au cours du dernier mois, nous avons fait le maximum pour pouvoir renouer avec la création le plus rapidement possible. Afin de vous offrir à nouveau des perspectives sur une programmation diversifiée et de haute qualité, à découvrir en toute sécurité.

Nous avons essayé autant que possible de maintenir les représentations prévues. Car ce sont des projets que j’ai inscrits au programme de notre saison principalement pour leur qualité artistique exceptionnelle. Je souhaite toujours vous les présenter. J’ai également pensé qu’il était très important, en cette année incertaine, de respecter autant que possible les accords conclus avec les artistes – après tout, de tous les travailleurs culturels, ce sont eux qui ont été le plus durement touchés par cette crise. C’est ainsi que nous sommes parvenus à maintenir tous les récitals et à poursuivre la collaboration avec les différentes équipes de production et les chanteurs. Même si nous avons dû décaler – et raboter – certains projets.

Nous avons articulé notre nouvelle programmation autour de trois piliers. À partir de février, nous nous concentrerons sur l’œuvre de Wolfgang Amadeus Mozart. Avec notre Directeur musical Alain Altinoglu à la tête des forces musicales, nous présentons une version semi-scénique de Der Schauspieldirektor dans une version contemporaine réalisée par trois « Directeurs de théâtre » bruxellois : Michael De Cock, Fabrice Murgia et moi-même. Le récital planifié des Prégardien, père et fils et le concert Mozart Akademie avec Raphaël Pichon et Sabine Devieilhe seront, eux aussi, placés sous le signe de l’enfant prodige autrichien. Même les plus jeunes amateurs d’opéra pourront découvrir son œuvre lors d’un concert spécial pour les enfants comprenant des extraits de Die Zauberflöte contés par Alain Altinoglu et Filip Jordens. Les enfants seront particulièrement gâtés en cette seconde partie de saison avec notre opéra familial Une chanson pour la lune. Ce projet du réseau enoa, réalisé par la compositrice Mathilde Wantenaar et basé sur le conte éponyme de Toon Tellegen, recevra sa première mondiale en coopération avec plusieurs partenaires européens.

Nous avons ensuite mis Benjamin Britten sous le feu des projecteurs, avec l’opéra de chambre The Turn of the Screw, véritable pièce maîtresse de cet axe de programmation. Nous avons dû quelque peu décaler ce thriller psychologique dans le calendrier, mais tous les protagonistes de ce projet sont encore de la partie : Andrea Breth pour la mise en scène, le chef d’orchestre Ben Glassberg, sans oublier Sally Matthews, une habituée de la Monnaie. Nous poursuivons dans le même esprit avec un concert symphonique dans le cadre duquel Alain Altinoglu associe les « Sea Interludes » de Peter Grimes à une autre œuvre de 1945 : La Neuvième symphonie de Chostakovitch. Le contreténor Bejun Mehta jette un pont entre ce pilier et le précédent avec son récital, où il présente aussi bien des œuvres de Mozart que de Britten. Nos Concertini s’inscrivent, eux aussi, dans cette même lignée : dans notre série consacrée à la musique de chambre, Britten se confronte à ses collègues nordiques, Jean Sibelius et Edvard Grieg, qui sont également au programme des concerts Nordic Moods I & II, également dirigés par Alain Altinoglu.

Cette saison exceptionnelle ne serait pas complète sans mettre la musique italienne à l’honneur. Étant donné la situation actuelle, le projet colossal Bastarda ne peut pas être présenté sous la forme souhaitée. Nous l’avons donc reporté au printemps 2023, de même que notre nouvelle production du grand opéra français Henry VIII. Mais la présence d’un sublime éventail de spécialistes du belcanto nous a donné envie de proposer un événement concertant, dans le cadre duquel les meilleurs moments de La favorita de Donizetti et d’Elisabetta, regina d’Inghilterra de Rossini nous livrent une intrigante histoire sur les favoris dans la royauté lors d’une stimulante double soirée musicale.

En juin, nous terminerons la saison avec une nouvelle production de Tosca. Cet opéra incontournable de Puccini n’a plus été accueilli sur notre scène depuis vingt ans. C’est maintenant au jeune metteur en scène espagnol Rafael R. Villalobos qu’il a été confié, tandis que notre Directeur musical Alain Altinoglu prendra place derrière le pupitre. Il s’agit d’une coproduction initiée par la Monnaie pour laquelle nous avons trouvé quatre partenaires internationaux en un temps record – bien que la première se déroule à Bruxelles. Cela prouve, d’une part, que le jeune metteur en scène est un artiste prisé par mes collègues, mais aussi que les maisons d’opéra de toute l’Europe sont prêtes à rendosser leur rôle principal. Avec pas moins de seize (!) dates prévues, nous voulons aussi offrir au plus grand nombre l’opportunité de venir enfin à nouveau profiter de l’expérience inimitable d’une production d’opéra.

Je suis très heureux que nous puissions nous consacrer à tous ces projets et j’ai hâte de les vivre avec vous.

Au plaisir de vous revoir,

Peter de Caluwe

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